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	<title>Dark Rezo</title>
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		<title>Dark Rezo</title>
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		<title>L'instinct </title>
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		<dc:creator>Dark Funifuteur</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pour introduire le Chevalier de Sang dans l'univers de Diablo via le jeu Diablo : Immortal , Blizzard nous partage cette nouvelle de Ryan Quinn : &lt;br class='autobr' /&gt; Sc&#233;nario Ryan Quinn Illustration Sangsoo Jeong &#201;dition Chloe Fraboni Conseils di&#233;g&#233;tiques Madi Buckingham, Ian Landa-Beavers Conseils cr&#233;atifs Mac Smith, Sebastian St&#281;pie&#324; Production Brianne Messina, Carlos Renta Conception Corey Peterschmidt Remerciements Otis Blum, Justin Dye, Scott Shicoff, Matthew Berger et toute l'&#233;quipe (actuelle ainsi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://darkrezo.com/jeux-videos/jeux-blizzard/diablo-immortal/nouvelles/" rel="directory"&gt;Nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://darkrezo.com/local/cache-vignettes/L150xH53/bk2-0b950.png?1775276161' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='53' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour introduire le Chevalier de Sang dans l'univers de Diablo via le jeu &lt;i&gt;Diablo : Immortal&lt;/i&gt; , Blizzard nous partage cette nouvelle de Ryan Quinn :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Sc&#233;nario&lt;br class='autobr' /&gt;
Ryan Quinn&lt;br class='autobr' /&gt;
Illustration&lt;br class='autobr' /&gt;
Sangsoo Jeong&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition&lt;br class='autobr' /&gt;
Chloe Fraboni&lt;br class='autobr' /&gt;
Conseils di&#233;g&#233;tiques&lt;br class='autobr' /&gt;
Madi Buckingham, Ian Landa-Beavers&lt;br class='autobr' /&gt;
Conseils cr&#233;atifs&lt;br class='autobr' /&gt;
Mac Smith,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sebastian St&#281;pie&#324;&lt;br class='autobr' /&gt;
Production&lt;br class='autobr' /&gt;
Brianne Messina,&lt;br class='autobr' /&gt;
Carlos Renta&lt;br class='autobr' /&gt;
Conception&lt;br class='autobr' /&gt;
Corey Peterschmidt&lt;br class='autobr' /&gt;
Remerciements&lt;br class='autobr' /&gt;
Otis Blum, Justin Dye, Scott Shicoff,&lt;br class='autobr' /&gt;
Matthew Berger et toute l'&#233;quipe (actuelle ainsi qu'ancienne) de Diablo Immortal sans qui Sanctuaire ne serait pas abreuv&#233; de sang frais&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; 2023 Blizzard Entertainment, Inc. Tous droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instinct&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'est de Port-Royal, les quartiers se vidaient d&#232;s l'arriv&#233;e du cr&#233;puscule. Alodie &#233;tait habitu&#233;e &#224; ce voile d'inhospitalit&#233; qui s'abattait si soudainement sur la ville, mais elle n'en &#233;tait pas moins g&#234;n&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un pas d&#233;cid&#233;, elle traversa la rue, ou plut&#244;t l'&#233;troit couloir &#224; ciel ouvert qui semblait s'enfoncer dans les t&#233;n&#232;bres &#224; l'infini. Sur les bas-c&#244;t&#233;s, de vieilles bicoques en bois d&#233;tremp&#233; s'&#233;talaient, morcel&#233;es jusqu'&#224; ce qu'il soit physiquement impossible de les rendre encore plus exigu&#235;s. Certaines &#233;taient m&#234;me de v&#233;ritables appentis, des taudis pour mis&#233;reux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;sidences de l'avenue Larmoie dissimulaient efficacement cette indigence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moins, Alodie pouvait y humer l'odeur de l'oc&#233;an, faute de l'apercevoir. Des cris ponctu&#233;s d'injures s'&#233;levaient depuis les quais. La criminalit&#233; attendait &#224; chaque tournant. Des poissons au sort tragique s'&#233;touffaient l&#224; o&#249; personne ne les voyait.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a puait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bidonvilles de Port-Royal n'avaient qu'un seul avantage : nul ne mettait son nez dans les affaires des autres. Alodie suivait de pr&#232;s son cousin, les pav&#233;s parsem&#233;s de moisissures d&#233;filant sous ses pieds.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Acc&#233;l&#232;re &#187;, grommela Boyce. Il pressa le pas sans se retourner vers elle, ne daignant toujours pas lui dire o&#249; il l'emmenait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus &#226;g&#233; qu'elle, Boyce avait les faveurs de la famille. Sa silhouette &#233;maci&#233;e &#233;tait surplomb&#233;e d'un nez tellement pro&#233;minent qu'il &#233;clipsait son visage. Son manteau &#233;tait assez large pour cacher un glaive. Alodie, quant &#224; elle, avait de beaux cheveux clairs fermement attach&#233;s. Elle portait des gants que d'aucuns auraient qualifi&#233;s de laids. Les deux acolytes &#233;taient &#233;quip&#233;s pour aller &#171; n&#233;gocier &#187; avec quelqu'un.&lt;br class='autobr' /&gt;
De toutes les t&#226;ches auxquelles Alodie s'adonnait pour sa famille &#224; Port-Royal,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'&#233;tait celle qu'elle aimait le moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'organisation n'&#233;tait pas de tout repos. Il fallait d&#233;p&#234;cher les cochers pour la livraison, s'assurer qu'ils sachent quelles caisses ouvrir, les informer du montant du pot-de-vin &#224; verser &#224; la garde en cas d'ennui&#8230; Elle &#233;tait dou&#233;e pour ne rien laisser au hasard, mais plus il y avait de variables, plus son &#233;tat de fatigue s'en ressentait. Heureusement, sa r&#233;mun&#233;ration &#233;tait &#224; la hauteur. Et bien que remplir des manifestes d'exp&#233;dition soit une corv&#233;e abrutissante, elle pouvait partir plus t&#244;t si elle finissait en avance. Elle contrebalan&#231;ait la monotonie de ses journ&#233;es en rendant ses nuits m&#233;morables. Quelques mois auparavant, Linn et elle, compl&#232;tement saoules, avaient vandalis&#233; l'une des cal&#232;ches familiales en &#233;crivant &#171; L'aum&#244;ne, braves gens &#187; en lettres de sang de vache sur la capote en cuir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au petit matin, le v&#233;hicule &#233;tait resplendissant. L'acte &#233;tait rest&#233; impuni, le sujet n'avait m&#234;me pas &#233;t&#233; abord&#233;. Alodie avait glouss&#233; pendant des heures &#224; la simple pens&#233;e de la vieille m&#232;re de Boyce, la matriarche en personne, rouge de col&#232;re, en train d'ordonner &#224; la femme de m&#233;nage de faire dispara&#238;tre cette inscription, le tout dans un torrent ininterrompu d'injures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa complice, Linn, &#233;tait sa seule amie depuis bien longtemps. Alodie ne se rappelait plus pr&#233;cis&#233;ment ce qui les avait alors rapproch&#233;es, mais elle savait pourquoi elles &#233;taient d&#233;sormais ins&#233;parables. Linn &#233;tait une po&#233;tesse dans l'&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle travaillait dur dans son &#233;choppe sans le moindre instant de repos, tout en mettant un point d'honneur &#224; arborer la soie de la meilleure facture qui existe et &#224; en faire profiter son amie. Alodie la jalousait. Linn n'&#233;tait pas de la famille, elle. Elle n'avait pas besoin de &#171; n&#233;gocier &#187; avec qui que ce soit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Alodie se voyait contrainte de fr&#233;quenter ces parasites. Ces rebuts. Ils&lt;br class='autobr' /&gt;
accumulaient les dettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, ils empruntaient de l'argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, ils refusaient de rembourser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est &#224; Alodie qu'incombait la responsabilit&#233; de conclure un march&#233; avec eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses cousins avaient tendance &#224; se montrer plut&#244;t&#8230; impatients. Elle devait fixer les montants et les dates, tout en rassurant le d&#233;biteur, pendant qu'autour, les gar&#231;ons s'en donnaient &#224; c&#339;ur joie. Elle ramenait ces rebuts &#224; la raison, avant qu'il ne leur arrive quelque chose de f&#226;cheux. M&#234;me si la plupart d'entre eux ne m&#233;ritaient pas une telle consid&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence de cette pratique, le simple fait qu'elle soit n&#233;cessaire, &#233;tait ignoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment les gens pouvaient-ils &#234;tre &#224; ce point pernicieux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce ouvrait toujours la voie &#224; travers le quartier de Grisjardin. Dans ce labyrinthe de bois et de pierre, les deux cousins changeaient de direction toutes les quelques secondes. Si les habitants les observaient de chez eux, la couche de crasse qui recouvrait les fen&#234;tres emp&#234;chait Alodie de s'en rendre compte. &#201;videmment, ils n'avaient pas int&#233;r&#234;t &#224; la nettoyer. Les activit&#233;s abjectes qui se d&#233;roulaient &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur n'en &#233;taient que plus discr&#232;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie &#233;tait perdue et commen&#231;ait &#224; avoir la naus&#233;e. Elle tenta sa chance. &#171; Qui est le rebut, cette fois ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme d'habitude, Boyce l'ignora royalement, elle et sa question. Il disparut &#224; un angle.&lt;br class='autobr' /&gt;
En le contournant, Alodie tomba sur son cousin en train de triturer quelque chose sous son manteau. Il s'&#233;tait enfin, presque miraculeusement, arr&#234;t&#233; devant une b&#226;tisse mitoyenne d'une teinte marron peu reluisante, qui n'&#233;tait autre que&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie oublia instantan&#233;ment les mille tracas qui avaient accapar&#233; son attention toute la soir&#233;e. Son estomac se serra comme un &#233;tau. Dans la panique, ses doigts se convuls&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le panneau de l'&#233;choppe de Linn ballottait dans la brise nocturne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce esquissa un grand sourire. Ses dents &#233;taient jaunes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un peu de courage, petiote, ricana-t-il. Suis ton instinct. C'est juste un mauvais moment &#224; passer. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, il se tourna et d&#233;fon&#231;a la porte d'un coup de pied.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comment tu peux &#234;tre aussi stupide ? &#187;, cria Alodie &#224; l'attention de sa seule amie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y avait pas de miroir dans la pi&#232;ce, et heureusement. Alodie n'avait pas envie de se voir dans cet &#233;tat. De la sueur m&#234;l&#233;e &#224; des postillons, des veines saillantes dans son cou et sur son front, le visage pourpre. Grotesque, c'&#233;tait le mot. Linn &#233;tait attach&#233;e &#224; une chaise renvers&#233;e, les mains li&#233;es dans son dos et le corps &#224; m&#234;me le sol. Tactique classique d'intimidation. La boutique &#233;tait d&#233;j&#224; sens dessus dessous. Sur le mur du fond, des quantit&#233;s de laine et de fourrure de lapin encerclaient un m&#233;tier &#224; tisser. Des lani&#232;res de cuir in&#233;gales pendaient &#231;&#224; et l&#224;, des bocaux de teinture agglutin&#233;s jonchaient le bureau, d'innombrables brins de paille recouvraient le sol. Les locataires qui vivaient &#224; l'&#233;tage risquaient &#224; tout moment de traverser le plafond, bas et qui mena&#231;ait de s'affaisser.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'oppos&#233; de ce d&#233;sordre absolu, des m&#232;tres de soie fine &#233;taient soigneusement pli&#233;s dans une commode ouverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie montra du doigt le tissu. L'une des livraisons assur&#233;es par sa famille. Son doigt parcourut ensuite la pi&#232;ce dans son int&#233;gralit&#233;. &#171; C'est nous qui t'avons donn&#233; tout &#231;a. Tout ce que t'avais &#224; faire, c'&#233;tait payer dans les temps. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn pleurait sans discontinuer. Son petit visage en forme de pomme semblait avoir r&#233;tr&#233;ci encore davantage apr&#232;s toutes ces larmes vers&#233;es. Elle portait un foulard &#233;labor&#233; aux couleurs bleues et dor&#233;es autour du cou, et avait appliqu&#233; de la poudre rose rehauss&#233;e de cire vol&#233;e chez le tanneur sur ses cheveux ch&#226;tains&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils utilisaient cette notion pour brider Alodie, conscients qu'elle &#233;tait parfaitement capable de prendre les commandes. Ils lui r&#233;p&#233;taient qu'elle n'avait pas l'instinct d'une chasseuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;courts. M&#234;me avant cette irruption dans sa boutique, elle &#233;tait aux aguets. Alodie en &#233;tait convaincue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn l'implorait des yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tant mieux. Cela signifiait qu'elle se montrerait raisonnable. Alodie posa sa main sur la chaise, comme pour la redresser. &#171; Deux cents d'ici un mois. Si c'est dans tes cordes, alors&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce l'interrompit. &#171; On fait pas de promesses quand on peut pas les tenir. &#187; Le tact n'&#233;tait pas son point fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn afficha imm&#233;diatement une expression de d&#233;fiance. Ce qui constituait un exploit, pour quelqu'un &#233;cras&#233; au sol par son propre poids.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je te conchie, pif sur pattes ! &#187;, cracha-t-elle. &#171; J'esp&#232;re que les chats de ta m&#232;re vont lui gober les yeux, et que des d&#233;mons vont gober les chats. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn manquait de tact, elle aussi, mais son langage fleuri &#233;tait assum&#233;. En outre, elle n'avait pas tort. La m&#232;re de Boyce avait tout d'une m&#233;g&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce ne r&#233;pondit pas. Il se contenta de sortir un marteau &#224; double t&#234;te de sous son manteau. Il fracassa les bocaux de teinture un par un, faisant gicler les bouts de verre et le colorant cobalt dans toute l'&#233;choppe. Linn hurla. Alodie ferma les yeux pour &#233;viter les &#233;clats. Quand le calme revint, elle v&#233;rifia qu'aucun ne lui avait entaill&#233; la peau.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, Boyce fourra un chiffon dans la bouche de Linn, saisit la chaise et se dirigea vers le bureau, toujours arm&#233; de son marteau.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Arr&#234;te ! &#187;, cria Alodie d'une voix puissante, avant qu'il ne commette l'irr&#233;parable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que j'arr&#234;te ? Pourquoi je ferais &#231;a ? &#187;, r&#233;torqua Boyce en agitant le marteau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son regard alterna plusieurs fois entre Alodie et Linn, comme s'il attendait qu'elles lui donnent une solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie observa son amie. La bouche b&#233;ante, les yeux &#233;carquill&#233;s, les sourcils hauss&#233;s. Elle &#233;tait terrifi&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Parce qu'elle va payer un suppl&#233;ment. Cent pi&#232;ces de plus, juste pour toi, quand ce sera r&#233;gl&#233;. Pour le d&#233;rangement occasionn&#233;. Dans un mois. N'est-ce pas, Linn ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn acquies&#231;a silencieusement. Dans le jargon, on appelait cela une victoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;monstration de force, et voil&#224; le&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce s'approcha lentement, avec pr&#233;cision, d'Alodie. Le marteau &#233;tait fermement ancr&#233; dans la paume de sa main.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je crois qu'elle ne retiendrait pas la le&#231;on. Je crois&#8230; &#187;, il marqua une pause d&#233;lib&#233;r&#233;e. &#171; Qu'ellene m&#233;rite pas une telle indulgence. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur d'Alodie battait &#224; tout rompre. Elle esp&#233;rait que son visage ne trahissait pas son angoisse. Elle allait r&#233;ellement devoir n&#233;gocier, cette fois. Et ce, avec les deux parties prenantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tr&#232;s bien. &#187;, conc&#233;da-t-elle. &#171; Linn paye dans deux semaines. Je viendrai r&#233;cup&#233;rer l'argent moi-m&#234;me. Et je m'occupe de tes manifestes pendant un mois. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un compromis. Parfois, les compromis avaient du bon. C'&#233;tait un signe de respect envers l'interlocuteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu l'as vraiment pas, l'instinct &#187;, d&#233;plora Boyce en pliant ses doigts autour du marteau. Il paraissait presque triste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa m&#232;re ne jurait que par &#171; l'instinct &#187;. Il faisait donc de m&#234;me. Ils utilisaient cette notion pour brider Alodie, conscients qu'elle &#233;tait parfaitement capable de prendre les commandes. Ils lui r&#233;p&#233;taient qu'elle n'avait pas l'instinct d'une chasseuse. L'instinct&#8230; d'une tueuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'&#233;tait faux. Elle l'avait prouv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du moins, jusqu'&#224; un certain point.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Puisqu'elle nous prive de notre gagne-pain, je vais la priver du sien. Juste retour des choses. &#187; Boyce pivota, brandit son marteau et jeta un regard condescendant &#224; Linn, recroquevill&#233;e sous la chaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn se fit encore plus petite, poussa un geignement occult&#233; par le b&#226;illon.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je t'en prie &#187;, supplia Alodie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce s'agrippa &#224; la chaise pour la stabiliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie savait ce qu'il se passait en lui. Il suivait son instinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Esp&#232;ce d'imb&#233;cile. Si tu lui casses les doigts, comment veux-tu qu'elle fasse pour rassembler l'argent ? Elle va juste&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il rabattit violemment le marteau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn se contorsionna sous la chaise. Elle laissa &#233;chapper des sons incompr&#233;hensibles. Pas &#224; cause du b&#226;illon, cette fois. Mais parce qu'elle &#233;tait incapable de prononcer des mots. Parce que la douleur &#233;tait insoutenable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses membres furent parcourus de spasmes et de la bave coula sur son menton, tandis que Boyce redressait la chaise et lui d&#233;tachait les poignets. Les phalanges droites de Linn &#233;taient en lambeaux. Le sang se r&#233;pandait sous ses ongles et dans les crevasses de sa peau disloqu&#233;e. Elle se balan&#231;a d'avant en arri&#232;re, tenant sonbras tout contre son corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie ne voulait pas assister &#224; ce spectacle. Elle pr&#233;f&#233;ra fixer Boyce. Quelques gouttes de transpiration mises &#224; part, ce dernier ne semblait pas affect&#233; outre-mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Maintenant, on obtiendra rien &#187;, siffla Alodie, pleine de haine. &#171; Moins que rien, m&#234;me. Pauvre faquin. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce se contenta de hausser les &#233;paules. &#171; Mais si, elle va payer. Et plus vite qu'en deux semaines. &#187; D'une main, il tira Linn en direction de la porte. Elleg&#233;missait toujours &#224; travers le b&#226;illon.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nonchalance de son cousin donna froid dans le dos &#224; Alodie. &#171; Tu l'emm&#232;nes o&#249; ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que comptait-il faire, exactement ? La vendre dans une usine ? La vendre dans un bordel ? Malgr&#233; sa main en piteux &#233;tat ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; nouveau, Boyce ignora sa question. &#171; C'est plus ton probl&#232;me. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il lui balan&#231;a un sac. L'impact souleva des brins de paille qui tournoy&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Prends la soie et tout ce qui a de la valeur, puis rentre &#224; la maison. On en parlera demain. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie sentit son sang bouillonner. Elle devait l'arr&#234;ter. Le frapper. Intervenir de quelque mani&#232;re que ce soit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il avait les faveurs de la famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que Boyce la tra&#238;nait hors de l'&#233;choppe, Linn ne quitta pas Alodie des yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie erra dans les rues comme si elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lentement. &#192; reculons. Elle n'&#233;tait pas aussi insensible qu'elle l'aurait souhait&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les cas o&#249; &#171; n&#233;gocier &#187; n'avait pas suffi, elle ne s'&#233;tait jamais donn&#233; la peine de venir en aide &#224; un rebut. Mais Linn n'en &#233;tait pas un. Du moins, pas un comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de la ville, se trouvait un abri appartenant &#224; sa famille o&#249; les cavaliers &#233;taient suppl&#233;&#233;s, et la cargaison substitu&#233;e, en vue d'une nouvelle exp&#233;dition. Alodie y avait fait l'aller-retour &#224; pied plus d'une fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abri &#233;tait discret, situ&#233; &#224; l'endroit pr&#233;cis o&#249; la canop&#233;e s'&#233;paississait. Boyce s'&#233;pousseta les mains derri&#232;re une grande cal&#232;che &#224; quatre roues. Deux autres engins similaires &#233;taient immobiles, non loin. Les trois v&#233;hicules, surmont&#233;s d'une capote en cuir uni, &#233;taient ouverts &#224; l'arri&#232;re, mais les t&#233;n&#232;bres emp&#234;chaient de&lt;br class='autobr' /&gt;
distinguer ce qu'ils transportaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie entendit les chevaux souffler et frapper du sabot, tandis que les cochers &#233;changeaient quelques mots &#233;touff&#233;s. Elle s'allongea &#224; m&#234;me le sol humide, les bras dans la fange, les vers et les excr&#233;ments. Les buissons et les ronces lui transper&#231;aient la peau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce &#233;tait accompagn&#233; de Lachlan, dont la t&#234;te ressemblait &#224; une courge, et de deux autres gaillards costauds. Dans l'obscurit&#233;, ils s'approch&#232;rent d'Alodie en tra&#238;nant la patte, arm&#233;s de lourdes triques et de torches tout aussi dangereuses. Elle se souvint que certains membres de la famille avaient autrefois fricot&#233; avec des truands adeptes des couteaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mine sinistre, ils &#233;taient aussi silencieux qu'une tombe. Habituellement, les plaisanteries de mauvais go&#251;t fusaient &#224; tout va lors des transferts. Ils ne se lassaient jamais de crier haut et fort ce qu'ils allaient faire de l'argent. Et ils repartaient encore plus vite qu'ils n'&#233;taient arriv&#233;s, dodelinant de la t&#234;te comme des simplets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils n'avaient aucune raison de s'attarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie se mordit la langue sans m&#233;nagement. La douleur la lan&#231;a, tandis que les lueurs dansantes du feu se rapprochaient. Le feu qui illuminait la nuit. Le feu qui &#233;tait sur le point de la d&#233;busquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle d&#233;visagea Boyce. Des pieds &#224; la t&#234;te. Il avait certes les faveurs de la famille, mais il n'&#233;tait pas invincible pour autant. Ses yeux, renfermant des pupilles noires, &#233;taient souples et fragiles. Sa gorge, suffisamment &#233;troite et expos&#233;e pour &#234;tre broy&#233;e. Si seulement Alodie avait song&#233; &#224; emporter un gourdin, un b&#226;ton pointu ou ne serait-ce qu'un fragment de verre bris&#233; de l'&#233;choppe&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour suivre son instinct, il fallait peut-&#234;tre agir en d&#233;pit des cons&#233;quences.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme n'&#233;tait plus qu'&#224; un m&#232;tre d'elle. Elle serra les poings, raidit les genoux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si elle &#233;tait d&#233;couverte, elle allait regretter de ne pas avoir frapp&#233; en premier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ensuite, quel &#233;tait le plan ? Elle allait se faire &#233;crabouiller les phalanges.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre vendue dans un bordel. Boyce avait raison depuis le d&#233;but. Elle ne l'avait pas, l'instinct. Elle faisait semblant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou bien&#8230; elle n'&#233;coutait pas assez attentivement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s tout, il &#233;tait distrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avoir laiss&#233; l'ignorer et s'en tirer &#224; si bon compte&#8230; cela faisait partie du plan. Son instinct l'avait toujours su.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans un bruit, Alodie s'enfon&#231;a encore plus profond&#233;ment dans les broussailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme d&#233;passa sa cachette, avan&#231;ant d'un pas vif et d&#233;cid&#233;. Les lueurs des torches s'amenuis&#232;rent. Les ombres qui l'enveloppaient &#233;taient si profondes qu'elles &#233;taient presque palpables. Au loin, les trois cal&#232;ches &#233;mirent des craquements sourds, retournant la terre et la boue dans leur sillage, tandis que les chevaux les tractaient en r&#233;ponse aux coups de fouet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Alodie se relevait trop vite, elle risquait de se faire remarquer. Mais si les canassons prenaient trop d'avance, elle serait ensuite incapable de les rattraper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se d&#233;sint&#233;ressant de Boyce et de ses comp&#232;res, qui &#233;taient probablement toujours en train de se retirer sans un regard en arri&#232;re, Alodie rampa vers la carriole la plus proche. Le souffle court, elle s'effor&#231;a de ne pas &#233;ternuer malgr&#233; la puanteur &#233;quine et les autres substances qui la submergeaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'avant des cal&#232;ches, les cochers maniaient de longs fouets et des torches &#233;taient accroch&#233;es de part et d'autre de leurs si&#232;ges. Ils faisaient claquer leurs ustensiles &#224; outrance et &#233;changeaient des rires. Sifflant sur un ton strident. Chantant &#224; tue-t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pr&#234;tant aucune attention au reste. Les chevaux partirent au galop.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour suivre son instinct, il fallait peut-&#234;tre agir en d&#233;pit des cons&#233;quences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie s'&#233;lan&#231;a. Elle posa un pied sur la marche situ&#233;e &#224; l'arri&#232;re du v&#233;hicule et se hissa &#224; l'int&#233;rieur. Elle atterrit lourdement sur le ventre, ce qui expulsa tout l'air de ses poumons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par chance, elle n'eut donc pas assez de souffle pour crier face &#224; la vision d'horreur qui s'imposa &#224; elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
13&lt;br class='autobr' /&gt;
La charrette abritait une sc&#232;ne cauchemardesque. Des corps avachis les uns sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les autres, &#233;cras&#233;s contre les parois. Ces &#234;tres, ligot&#233;s &#224; des piquets tel du b&#233;tail,&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;taient plus que des formes gris&#226;tres qui respiraient &#224; peine. Certains &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;chauss&#233;s, les pieds d&#233;mantibul&#233;s et bleus &#224; la base de la cheville, ou les mains&lt;br class='autobr' /&gt;
ayant &#233;t&#233; r&#233;duites en miettes parsem&#233;es de bouts d'ongles. La plupart avaient les&lt;br class='autobr' /&gt;
yeux band&#233;s, tous &#233;taient b&#226;illonn&#233;s. Leurs t&#234;tes pendaient, stup&#233;faites. &#201;clair&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
par de minces rais de lumi&#232;re &#233;manant des torches, ces fant&#244;mes n'&#233;taient presque&lt;br class='autobr' /&gt;
plus humains.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#232;re de Boyce, ou plut&#244;t la famille dans son int&#233;gralit&#233;, y compris Alodie,&lt;br class='autobr' /&gt;
avait effectu&#233; toutes sortes de livraisons. Notamment des livraisons immorales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais une telle barbarie d&#233;passait de loin tout ce qu'Alodie en savait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle d&#233;glutit difficilement. Sa salive avait un go&#251;t aigre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne parvint pas &#224; se lever. En partie &#224; cause des haut-le-c&#339;ur qui lui&lt;br class='autobr' /&gt;
labouraient l'estomac. La cal&#232;che filait &#224; toute allure. Elle roulait vers le nord, o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
la for&#234;t se faisait plus dense. Si le trajet s'&#233;ternisait dans cette direction, les roues&lt;br class='autobr' /&gt;
allaient l&#226;cher avant qu'ils ne puissent s'extirper de Souffrebois. Par les Enfers, o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
allaient-ils ainsi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie examina fr&#233;n&#233;tiquement les visages des condamn&#233;s, tout en fuyant le&lt;br class='autobr' /&gt;
regard vague de ceux qui l'observaient &#233;galement. Elle ne reconnut personne. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agissait vraisemblablement de rebuts. Mais pas ceux dont&lt;br class='autobr' /&gt;
elle s'&#233;tait occup&#233;e, si ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, elle ressentit l'&#233;quivalent d'une gifle. Elle voulut fondre en larmes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cris per&#231;ants laiss&#232;rent peu &#224; peu&lt;br class='autobr' /&gt;
la place &#224; des borborygmes graves,&lt;br class='autobr' /&gt;
salivaires. Alodie entendit des bruits&lt;br class='autobr' /&gt;
de grattements fr&#233;n&#233;tiques, un&lt;br class='autobr' /&gt;
mugissement lancinant qui n'&#233;tait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
le m&#234;me qu'auparavant, puis le silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
14&lt;br class='autobr' /&gt;
mais son instinct ne lui accorda pas ce luxe. Sa d&#233;tresse resta coinc&#233;e au fond de&lt;br class='autobr' /&gt;
sa gorge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn gisait sur le dos, sur deux autres prisonniers. Ligot&#233;e et b&#226;illonn&#233;e, les yeux&lt;br class='autobr' /&gt;
clos. Inerte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie se mit en position accroupie. &#171; Chut&#8230; &#187; murmura-t-elle &#224; l'attention des&lt;br class='autobr' /&gt;
passagers, un doigt sur les l&#232;vres. Elle avait l'impression que cette voix n'&#233;tait pas la&lt;br class='autobr' /&gt;
sienne, comme si elle l'entendait de l'ext&#233;rieur. Elle insista sur son doigt, toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
pos&#233; sur ses l&#232;vres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je dois savoir si cette fille est vivante. Apr&#232;s, je vous aiderai. &#187; &#201;tait-elle&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement capable de sauver ces malheureux ? Cela avait-il une quelconque esp&#232;ce&lt;br class='autobr' /&gt;
d'importance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#226;le lui r&#233;pondit. Une expiration &#224; peine perceptible, &#233;manant de pr&#232;s de la&lt;br class='autobr' /&gt;
paroi. Alodie n'&#233;tait pas s&#251;re d'avoir bien entendu, encore moins compris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle exer&#231;a toute l'autorit&#233; qu'il lui &#233;tait possible de conf&#233;rer &#224; un murmure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pas un bruit. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie se pencha en avant, calculant le moindre de ses mouvements pour &#233;viter&lt;br class='autobr' /&gt;
de toucher les membres bless&#233;s des captifs. Vers l'avant du chariot, elle aper&#231;ut les&lt;br class='autobr' /&gt;
paupi&#232;res de Linn papillonner. Une vague de soulagement l'envahit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les yeux de sa seule amie &#233;taient gonfl&#233;s. Mais elle lui adressa un regard, et&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie y lut de la gratitude. Elle n'avait pas &#233;t&#233; drogu&#233;e, avantage fortuit d'avoir&lt;br class='autobr' /&gt;
rejoint la cargaison dans les derniers. N&#233;anmoins, le chiffon dans sa bouche avait&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; remplac&#233; par un b&#226;illon en cuir, et ses deux mains &#233;taient solidement li&#233;es &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un piquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
La droite, en particulier, n'&#233;tait plus qu'un amas de chair enfl&#233;e virant au bleu-&lt;br class='autobr' /&gt;
jaune. Cass&#233;e, &#224; l'&#233;vidence. Probablement impossible &#224; soigner. Une main &#233;tait un&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;canisme complexe constitu&#233; de nombreux rouages minuscules.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des branches et des feuilles frott&#232;rent contre la capote. La v&#233;g&#233;tation&lt;br class='autobr' /&gt;
commen&#231;ait &#224; se densifier. Alodie s'affaira &#224; d&#233;nouer pr&#233;cautionneusement la&lt;br class='autobr' /&gt;
corde qui enserrait les poignets de Linn. Ensuite, elle allait lib&#233;rer ses pieds. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#244;terait aussi le b&#226;illon. Et pour finir, elles prendraient leurs jambes &#224; leur cou.&lt;br class='autobr' /&gt;
En se d&#233;menant avec les liens, Alodie tremblait. Elle avait du mal &#224; contr&#244;ler ses&lt;br class='autobr' /&gt;
mains, comme si elles appartenaient &#224; quelqu'un d'autre. Au moins, les gants laids&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;pongeaient sa sueur. Mais il y avait tant de n&#339;uds. Aucune marge de man&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
15&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle y passait trop de temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Frustr&#233;e, elle s'attaqua &#224; une boucle autour du poignet encore fonctionnel de&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn. Cette derni&#232;re g&#233;mit &#224; travers son b&#226;illon et grima&#231;a en ren&#226;clant de mani&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
paniqu&#233;e. &#192; chaque seconde, la douleur s'accentuait.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, le cocher poussa une interjection et le v&#233;hicule commen&#231;a &#224; ralentir. Alodie&lt;br class='autobr' /&gt;
tira d&#233;sesp&#233;r&#233;ment sur la corde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La faible lueur des torches disparut. Quelqu'un descendit des si&#232;ges et pataugea&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la bourbe. Alodie se retourna vers l'ouverture arri&#232;re de la cal&#232;che. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
bruits de pas contourn&#232;rent rapidement l'avant, suivis du son des chevaux qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;harnachait. Puis, ils s'&#233;loign&#232;rent sans une once de discr&#233;tion. Les cochers&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;taient mis &#224; courir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul n'&#233;tait entr&#233; dans la charrette. Venaient-ils d'abandonner les prisonniers ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn tenta de parler derri&#232;re son b&#226;illon. La connaissant, Alodie aurait pari&#233; sur&lt;br class='autobr' /&gt;
une boutade au sujet de sa main broy&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Affriolant, tu trouves pas ? Ou alors, peut-&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre &#233;tait-elle furieuse. Cela aurait &#233;t&#233; parfaitement compr&#233;hensible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie lib&#233;ra enfin le poignet fonctionnel de son amie et arracha son b&#226;illon.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ils ont interrompu la livraison &#187;, souffla Linn, &#224; bout de nerfs. &#171; On sert&lt;br class='autobr' /&gt;
d'app&#226;ts. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup, le bois se fendit dans une cacophonie assourdissante tout autour du&lt;br class='autobr' /&gt;
convoi, comme si une multitude de coups de hache s'abattait sur les arbres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un hurlement horrifi&#233; d&#233;chira la for&#234;t. Un concert lui r&#233;pondit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une minute s'&#233;coula, qui sembla durer une heure. Les cris per&#231;ants laiss&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
peu &#224; peu la place &#224; des borborygmes graves, salivaires. Alodie entendit des bruits&lt;br class='autobr' /&gt;
de grattements fr&#233;n&#233;tiques, un mugissement lancinant qui n'&#233;tait pas le m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'auparavant, puis le silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son instinct &#233;tait p&#233;trifi&#233;. La peur avait pris le dessus sur ses pulsions. Chaque&lt;br class='autobr' /&gt;
inspiration lui br&#251;lait les poumons. Et elle pouvait &#224; peine bouger, outre les&lt;br class='autobr' /&gt;
soubresauts qui &#233;branlaient tout son &#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
16&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; une main et sans piper mot, Linn triturait le cordage qui ceinturait ses pieds.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle progressait &#224; un rythme quasi nul, plus lentement encore que la mort qui&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#244;dait aux alentours. Elle n'allait jamais r&#233;ussir &#224; se d&#233;tacher seule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres captifs commen&#231;aient &#224; reprendre leurs esprits. Ils regardaient&lt;br class='autobr' /&gt;
mollement autour d'eux, tentaient de se d&#233;gager des piquets, tordaient leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
entraves et leurs sangles de cuir tremp&#233;es de transpiration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie &#233;tait la seule &#224; pouvoir se tenir sur ses pieds. &#192; pouvoir fuir. Linn lui lan&#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
un regard interrogateur, sommateur. Alodie ne lui en tint pas rigueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn hocha la t&#234;te lorsque son amie se pencha et ins&#233;ra son pouce dans l'un des&lt;br class='autobr' /&gt;
interstices de la corde &#224; ses pieds. Elles d&#233;nou&#232;rent les liens ensemble, en silence,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce que le raclement tra&#238;nant d'une cr&#233;ature aplatissant le sol leur vrille les&lt;br class='autobr' /&gt;
oreilles. Ce son emplit l'espace et leurs pens&#233;es, pendant qu'elles lib&#233;raient le pied&lt;br class='autobr' /&gt;
gauche de Linn non sans d&#233;chiqueter quelques bribes de peau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, l'avant de la carriole se fendit en deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bois explosa en projetant des dizaines d'&#233;chardes. Alodie recula&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cipitamment, &#224; quatre pattes, en tirant Linn par son bras valide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chariot s'inclina. Trois malheureux se volatilis&#232;rent, violemment arrach&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
leur piquet et engloutis par les t&#233;n&#232;bres. Des cris fus&#232;rent dans toutes les directions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie entrevit des gencives d'un noir de jais et plusieurs rang&#233;es superpos&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
de dents. Un tentacule cr&#233;nel&#233; rouge sombre traversa le convoi qui n'&#233;tait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une &#233;pave et agrippa son &#233;paule. Elle se d&#233;gagea en faisant fi de la souffrance, et&lt;br class='autobr' /&gt;
la chose ondula vers un autre condamn&#233; qui fut emport&#233; &#224; sa place. Alodie n'y pr&#234;ta&lt;br class='autobr' /&gt;
pas attention et se contenta de h&#226;ler Linn. Les deux jeunes femmes se pr&#233;cipit&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
vers l'arri&#232;re de la cal&#232;che pench&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn avan&#231;ait &#224; t&#226;tons, claudiquant sur ses jambes encore engourdies. La&lt;br class='autobr' /&gt;
douleur se r&#233;pandit dans l'&#233;paule d'Alodie quand elle tira son amie vers l'inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son dos, elle aper&#231;ut les restes des trois v&#233;hicules, imbib&#233;s d'un sang &#233;carlate&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;pais comme de la s&#232;ve. Une torche, solidement cal&#233;e et toujours allum&#233;e, &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
perch&#233;e au sommet de l'un d'eux telle une bougie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les corps que la famille avaient sacrifi&#233;s en guise d'offrandes jonchaient le sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des entrailles sanguinolentes et emm&#234;l&#233;es les reliaient, comme les fils d'autant de&lt;br class='autobr' /&gt;
marionnettes. Tous &#233;taient morts, &#224; moiti&#233; morts ou bient&#244;t morts, et se tortillaient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'unisson dans la terre avilie en esquissant les m&#234;mes gestes, en poussant les&lt;br class='autobr' /&gt;
17&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;mes g&#233;missements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur tambourinant dans sa cage thoracique, Alodie entra&#238;na Linn aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
vite que son instinct le lui permit dans les profondeurs obscures de la for&#234;t de&lt;br class='autobr' /&gt;
Souffrebois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une abomination r&#244;dait dans Souffrebois, les griffes ensanglant&#233;es. Basse sur ses&lt;br class='autobr' /&gt;
appuis, elle se faufilait tel un murmure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les arbres masquaient le clair de lune sans pourtant dissuader sa maraude. Ses&lt;br class='autobr' /&gt;
yeux &#233;taient faits pour la p&#233;nombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme bien d'autre fois auparavant, l'abomination s'attarda sur un spectacle&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;solation vieux de quelques heures : deux corps gri&#232;vement bless&#233;s, &#224; la chair&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;chiquet&#233;e par des griffes et des crocs. La peau qui leur restait &#233;tait &#233;pineuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rente de ce qu'elle avait &#233;t&#233; jadis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les corps reposaient sur un sol souill&#233; de couleur ocre. Ils &#233;taient immobiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait important.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abomination t&#226;ta les corps, puis perfora l'un d'eux d'une seule main. Elle s'y&lt;br class='autobr' /&gt;
enfon&#231;a dans un craquement d&#233;go&#251;tant&lt;br class='autobr' /&gt;
, le corps restant raide et inerte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis elle surgit au-dessus du deuxi&#232;me. Et r&#233;p&#233;ta l'op&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#226;choire disloqu&#233;e du cadavre s'ouvrit, laissant &#233;chapper un mucus putride&lt;br class='autobr' /&gt;
d'entre ses dents. Comme un insecte agonisant, il s'agita de tous ses membres&lt;br class='autobr' /&gt;
contre l'abomination. M&#234;me dans cet &#233;tat, ses coups &#233;taient brutaux. Les dents&lt;br class='autobr' /&gt;
tranchantes comme des rasoirs qui commen&#231;aient &#224; poindre sous sa peau&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;rafl&#232;rent le cuir de l'abomination, mais sans plus de d&#233;g&#226;ts.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abomination se contorsionna. Puis d'un &#233;crasement, elle renvoya le corps &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
son immobilit&#233;. Ses yeux &#233;taient enfonc&#233;s, cern&#233;s de chassie rouge. Malgr&#233; toute&lt;br class='autobr' /&gt;
sa fr&#233;n&#233;sie, ses paupi&#232;res &#233;taient rest&#233;es closes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se levant sur ses pattes, cherchant au-del&#224; de la douce fum&#233;e et de la&lt;br class='autobr' /&gt;
putr&#233;faction, l'abomination d&#233;cela quelque chose. Son regard se posa sur des&lt;br class='autobr' /&gt;
traces &#233;parses qui conduisaient vers l'est, en direction de la partie la plus dense&lt;br class='autobr' /&gt;
18&lt;br class='autobr' /&gt;
de la for&#234;t. Elle remua la boue d'un coup de patte, s'arr&#234;tant pour flairer la piste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux de plus. Bless&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chasse n'&#233;tait pas termin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les t&#233;n&#232;bres envelopp&#232;rent l'abomination qui s'&#233;loignait et elle finit par&lt;br class='autobr' /&gt;
dispara&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie et Linn avaient fui les choses de la nuit. L'obscurit&#233; &#233;tait imp&#233;n&#233;trable. &#192;&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque pas, une autre partie de la for&#234;t semblait &#233;merg&#233;e autour d'elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie dirigeait Linn des deux mains. Son instinct la guidait. Personne n'&#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
aux commandes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles avaient l'impression d'avoir couru des heures, tourment&#233;es par le&lt;br class='autobr' /&gt;
craquement des buissons et quelques grognements sauvages et humides. Pas une&lt;br class='autobr' /&gt;
seule seconde Alodie ne pouvait r&#233;primer le frisson qui lui parcourait la nuque. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
se sentait &#233;pi&#233;e, sans cesse, sans jamais parvenir &#224; d&#233;terminer par qui. Ou par quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles &#233;taient oblig&#233;es de s'arr&#234;ter tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement. Linn les ralentissait et avait&lt;br class='autobr' /&gt;
besoin de se reposer. Ou bien elle s'&#233;croulait avant qu'Alodie ne puisse la retenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois-ci, la blessure &#224; sa main avait saign&#233; &#224; travers le tissu qu'elles avaient&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle avait d&#233;j&#224; observ&#233; des cochers abattre&lt;br class='autobr' /&gt;
des chevaux auparavant. C'&#233;tait toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
triste de voir la confiance dans leurs yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais elle pouvait ranger &#231;a dans un coin de&lt;br class='autobr' /&gt;
sa m&#233;moire. En revanche, la vision des corps&lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'agitaient pr&#232;s des chariots, et leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvements de marionnettes... &#231;a, elle ne&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait pas l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enroul&#233; en guise de pansement.&lt;br class='autobr' /&gt;
20&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn m&#233;ritait au moins &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie lui tendit la main pour l'aider &#224; franchir quelques racines difformes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand ils viendront pour ta deuxi&#232;me main, je te ferai signe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn la transper&#231;a du regard, le visage p&#226;le de tristesse. &#171; Tu n'as pas le droit de&lt;br class='autobr' /&gt;
plaisanter l&#224;-dessus. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie &#233;tait all&#233;e trop loin. &#199;a ne faisait m&#234;me pas encore une nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pas avant que j'en rigole moi-m&#234;me quelques fois &#187;, grima&#231;a Linn. &#171; Id&#233;alement&lt;br class='autobr' /&gt;
en public. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La for&#234;t &#233;tait encore plus silencieuse. Prudemment, elles s'install&#232;rent dans une&lt;br class='autobr' /&gt;
marche lente. Une allure commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
En une heure, elles n'avaient entendu aucun bruit de poursuivant ni rien vu&lt;br class='autobr' /&gt;
de vivant. Le bois semblait plong&#233; dans un profond mutisme, et aucun signe&lt;br class='autobr' /&gt;
n'annon&#231;ait la fin de la nuit, ou de la for&#234;t. Elles frissonnaient toutes les deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le lointain, Alodie entendit un son qu'elle reconnut. Celui d'un cheval&lt;br class='autobr' /&gt;
mourant, hennissant, la gueule encore pleine de liquide. &#192; mesure qu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
approchaient, elles remarqu&#232;rent que son ventre avait &#233;t&#233; ouvert Linn d&#233;tourna le&lt;br class='autobr' /&gt;
L'horreur des manigances de sa famille&lt;br class='autobr' /&gt;
la frappa de plein fouet. Alodie savait&lt;br class='autobr' /&gt;
que leurs affaires avaient fait des&lt;br class='autobr' /&gt;
victimes. Mais elle ne pouvait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
concevoir de justification humaine&lt;br class='autobr' /&gt;
pour vendre des gens &#224; cette chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argent ? Une protection contre sa&lt;br class='autobr' /&gt;
faim ? Un engagement s&#233;culaire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
21&lt;br class='autobr' /&gt;
regard, se couvrant le visage de son bras valide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie s'arr&#234;ta pour l'aider &#224; s'appuyer contre un ch&#234;ne, et se mit &#224; fouiller&lt;br class='autobr' /&gt;
l'endroit o&#249; le cheval &#233;tait tomb&#233;. Elle revint avec une torche et une bo&#238;te &#224; silex,&lt;br class='autobr' /&gt;
puis prit Linn par l'&#233;paule. &#171; Est-ce que tu vas... ? &#187;, demanda Linn, sans terminer&lt;br class='autobr' /&gt;
sa question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie resta silencieuse. Puis elle les &#233;loigna toutes les deux rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle avait d&#233;j&#224; observ&#233; des cochers abattre des chevaux auparavant. C'&#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours triste de voir la confiance dans leurs yeux. Mais elle pouvait ranger &#231;a dans&lt;br class='autobr' /&gt;
un coin de sa m&#233;moire. En revanche, la vision des corps qui s'agitaient pr&#232;s des&lt;br class='autobr' /&gt;
chariots, et leurs mouvements de marionnettes... &#231;a, elle ne pouvait pas l'oublier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si un animal mourant se trouvait ici, et faisait encore du bruit, il pouvait s'agir&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une diversion. Ce qui les traquait pouvait aussi traquer autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle changea de direction &#224; l'oppos&#233; de leur chemin, poussant Linn &#224; avancer&lt;br class='autobr' /&gt;
vers le sud. Ou plut&#244;t ce qu'elle esp&#233;rait &#234;tre le sud, les arbres &#233;tant trop denses&lt;br class='autobr' /&gt;
pour laisser entrevoir les &#233;toiles. Le sol humide et granuleux commen&#231;ait &#224; c&#233;der&lt;br class='autobr' /&gt;
sa place &#224; des rochers et des morceaux de granite qui &#233;gratignaient ses bottes. Linn&lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#233;buchait encore plus souvent, sa respiration s'alourdissait et elle marchait la&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#234;te basse. Alodie, elle-m&#234;me, vacillait parfois. Elles avan&#231;aient dans l'obscurit&#233; &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un rythme de paresseux, mais la for&#234;t de Souffrebois se d&#233;garnissait l&#233;g&#232;rement,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce qu'elles faillissent heurter un mur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles s'appuyaient contre un granit froid et moussu. L'entr&#233;e d'une caverne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'ouvrait &#224; quelques dizaines de m&#232;tres d'elles. Un abri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie fut travers&#233;e par un sentiment de soulagement. La sensation constante&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle avait d'&#234;tre observ&#233;e s'estompa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie posa la torche sur des rochers secs, et se pencha dessus avec la bo&#238;te &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
silex ouverte. Elle se mit &#224; frapper le silex contre l'acier, puis &#224; souffler sur une&lt;br class='autobr' /&gt;
petite quantit&#233; de poudre informe. L'ex&#233;cution &#233;tait maladroite et imparfaite, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
elle n'en &#233;tait pas &#224; son coup d'essai. La torche s'enflamma subitement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu n'es pas s&#233;rieuse &#187;, commen&#231;a Linn. Elle frissonnait. Son intonation relevait&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une interrogation plus que d'une exigence. Elle voulait se tromper.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu penses qu'on devrait se contenter de marcher jusqu'&#224; &#233;puisement ? On sera&lt;br class='autobr' /&gt;
plus en s&#233;curit&#233; si rien ne peut nous prendre par surprise &#187;, conclut Alodie, qui fit&lt;br class='autobr' /&gt;
signe &#224; Linn d'avancer.&lt;br class='autobr' /&gt;
22&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles s'enfonc&#232;rent alors dans la grotte, la torche brandie au-dessus de la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Alodie, se frayant un chemin le long des parois du souterrain en t&#226;tonnant. Une&lt;br class='autobr' /&gt;
zone d&#233;gag&#233;e, un endroit o&#249; passer la nuit, c'est tout ce dont elle avait besoin. Elles&lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;p&#234;chaient, puisant leur vigueur dans cette forme de seconde chance,&lt;br class='autobr' /&gt;
la torche en guise d'&#233;toile polaire. En avan&#231;ant, Alodie sentit la torche frotter&lt;br class='autobr' /&gt;
contre le plafond de la grotte. Elle voulait la tenir bien haut pour &#233;clairer le plus&lt;br class='autobr' /&gt;
loin possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Combien de temps allons-nous continuer comme &#231;a ? &#187;, demanda Linn,&lt;br class='autobr' /&gt;
haletante. La peur laissait place &#224; la douleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie avait la gorge si s&#232;che qu'il lui fallut l'&#233;claircir deux fois avant de pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pondre. &#171; On va aller suffisamment profond pour qu'il soit difficile de nous&lt;br class='autobr' /&gt;
en sortir. On doit trouver une zone d&#233;gag&#233;e, d'o&#249; l'on pourra garder un &#339;il sur&lt;br class='autobr' /&gt;
l'entr&#233;e. &#187; Alodie n'avait aucune certitude. Elle voulait juste en donner l'impression.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je monterai la garde quelques heures, en prenant soin de garder la torche allum&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour que tu puisses te reposer. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles laissaient derri&#232;re elles les parties du souterrain &#233;clair&#233;es par la lune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les parois de la grotte &#233;taient humides et mouill&#233;es, la roche dissimulant parfois&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques perles d'humidit&#233; qui faisaient glisser ses mains. Alodie appr&#233;hendait de&lt;br class='autobr' /&gt;
dormir &#224; m&#234;me le sol. Mais elles devaient survivre. Linn devait survivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bruit de raclement contre les parois de la grotte retentit derri&#232;re elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Shhh, &#187; Alodie orienta la torche vers l'arri&#232;re, scrutant la zone du mieux qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait. Elle ne vit rien &#224; proximit&#233; dans la p&#233;nombre. Mais le son provenait du&lt;br class='autobr' /&gt;
chemin qu'elles avaient emprunt&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles recul&#232;rent, se pr&#233;cipitant dans les profondeurs de la grotte, le long du&lt;br class='autobr' /&gt;
couloir souterrain. Au-devant, celui-ci se divisait en deux embranchements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie les dirigea vers la gauche, s'assurant que Linn soit devant elle, et la&lt;br class='autobr' /&gt;
poussant presque pour garder le rythme de leur avanc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le d&#233;dale se complexifiait dans l'obscurit&#233;. Alodie les mena jusqu'&#224; un&lt;br class='autobr' /&gt;
virage, et prit &#224; droite, r&#233;alisant finalement que le chemin prenait la forme d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
coude. Le trac&#233; de la grotte les faisait revenir sur leurs pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un son semblable &#224; celui d'une hache percutant la roche r&#233;sonna en &#233;cho dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la caverne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout son corps &#233;tait paralys&#233; par la peur. Alodie resta immobile, se contentant&lt;br class='autobr' /&gt;
23&lt;br class='autobr' /&gt;
d'indiquer &#224; Linn de prendre le passage de droite. Elle ne pouvait pas faire plus. Linn se tourna pour la regarder. Puis elle regarda &#224; nouveau devant elle, et commen&#231;a &#224; s'enfoncer dans le couloir &#224; pas h&#233;sitants. Elle voulait croire qu'elle ne finirait pas comme le cheval agonisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chose ne pourrait pas les cerner toutes les deux. Alodie prit l'autre passage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle brandissait la torche aussi haut qu'elle le pouvait, la serrant des deux mains, en prenant soin d'&#233;viter les parois humides. Elle redoutait de poser les yeux sur la chose qui avait d&#233;truit le carrosse. Mais elle le devrait, si elles comptaient avoir une chance de s'en sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant quelques secondes, Alodie pouvait encore entendre la respiration de Linn, avant de trop s'&#233;loigner. Il n'y avait plus de grattements, plus de bruits m&#233;talliques. Elle allait tomber sur la cr&#233;ature, ou bien ce serait Linn. Alodie suivaitle nouveau chemin &#224; la lueur de la torche. Elle marcha jusqu'&#224; ce qu'elle remarque que les gouttelettes perlant sur le mur avaient chang&#233;, et s'arr&#234;ta une seconde pour les observer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles scintillaient, refl&#233;tant quelque chose de plus rouge que la lueur de sa torche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie se d&#233;tourna du mur. Une engeance d&#233;moniaque la regardait en retour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des tentacules jaillissaient de son torse, comme des cordons ombilicaux. De sa gueule aux l&#232;vres noires &#233;mergeaient des canines et de bien trop nombreuses langues, chacune encercl&#233;e de rang&#233;es de dents semblables &#224; celles d'un requin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses yeux &#233;taient des gouffres sans piti&#233;, loin d'&#234;tre d&#233;pourvus d'intelligence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trop affut&#233;s. Trop humains. Des brocarts raffin&#233;s qui auraient &#233;t&#233; &#233;l&#233;gants il y a un si&#232;cle s'accrochaient en lambeaux &#224; sa taille. Elle avait vu des v&#234;tements similaires chez la m&#232;re de Boyce, l&#233;gu&#233;s par les grands-parents de ses parents.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'horreur des manigances de sa famille la frappa de plein fouet. Alodie savait que leurs affaires avaient fait des victimes. Mais elle ne pouvait pas concevoir de justification humaine pour vendre des gens &#224; cette chose. L'argent ? Une protection contre sa faim ? Un engagement s&#233;culaire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sesp&#233;r&#233;e, Alodie agita le flambeau vers la cr&#233;ature. Le feu &#233;tait l'arme de la lumi&#232;re. Elle l'agita amplement &#224; deux reprises, puis se jeta en avant, pressant le flambeau contre la monstruosit&#233;, essayant de garder autant de distance que possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chose ne hurla pas ni ne recula lorsque les flammes cr&#233;pit&#232;rent sur son visage. Elle se contentait de la fixer d'un air sournois. Puis elle balaya la torche d'un revers et arracha la gorge d'Alodie avec ses crocs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette derni&#232;re tomba au sol lentement, comme une pierre coulant au fond d'un &#233;tang. Elle haletait, incapable de faire circuler l'air l&#224; o&#249; il devait aller.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la lueur vacillante de sa torche abandonn&#233;e, Alodie pouvait voir Linn boitiller de l'autre c&#244;t&#233; du couloir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ature se retourna, d&#233;ploya deux de ses tentacules comme des fouets, et Linn s'&#233;croula en hurlant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tentacules la tir&#232;rent vers le monstre, qui se pencha sur le corps pour se nourrir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#234;te d'Alodie reposait dans une mare rouge&#226;tre et g&#233;latineuse. Tout son corps &#233;tait engourdi. Elle essaya de se tourner, mais en &#233;tait incapable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les t&#233;n&#232;bres furent bien trop longues &#224; l'emporter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin. La proie avait pris son temps pour se nourrir. Elle &#233;tait distraite.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abomination avait observ&#233; les deux survivantes du chariot traverser la for&#234;t bruyamment. &#192; l'entr&#233;e de la caverne, la plus grande d'entre elles avait agit&#233; sa torche, signalant leur pr&#233;sence.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abomination aussi avait observ&#233; sa proie. Un vieux vampire, drap&#233; des lambeaux de sa richesse pass&#233;e. Rus&#233;, il partageait sa chasse entre les habitants.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme aux cheveux blonds, quant &#224; elle, avait sembl&#233;... orgueilleuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrogante, m&#234;me. Et pourtant, il l'avait vue lutter contre ses instincts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Connaissant sa cruaut&#233;, l'utilisant parfois et s'en d&#233;tournant d'autres fois dans une &#233;gale mesure. &lt;br class='autobr' /&gt;
De Port-Royal, restant discret, faisant du commerce d'esclaves, et propageant ainsi plus rapidement sa mal&#233;diction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vampire &#233;tait anim&#233; par ses pulsions. Il ne connaissait pas la retenue,&lt;br class='autobr' /&gt;
n'acceptait pas le refus. Il traquerait les survivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait agile. L'abomination n'avait pas voulu combattre &#224; terrain d&#233;couvert.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les deux survivantes avaient trouv&#233; refuge dans une grotte, et s'&#233;taient prises au pi&#232;ge elles-m&#234;mes. Elles avaient offert une opportunit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'odeur du sang exhalait de l'entr&#233;e de la grotte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-ci ramena Zebediah &#224; lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait grand, avec un nez crochu et de longs cheveux blancs comme des nuages qu'il laissait flotter librement. Son visage &#233;tait large et carr&#233;, lisse et p&#226;le &#224; l'exception du signe le plus &#233;vident de la mal&#233;diction : des yeux rouges enfonc&#233;s, cern&#233;s de veines noires en forme de toiles d'araign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah portait une armure polie, assez ornement&#233;e pour venir d'une ancienne cour de Kehjan, avec des plaques &#233;carlates brillantes dispos&#233;es horizontalement le long de l'abdomen. Une ampoule attach&#233;e &#224; une cha&#238;ne &#233;tait fermement fix&#233;e au gorgerin de son armure, le flacon rempli d'une eau bleu vert provenant de la rivi&#232;re o&#249; il avait failli rendre son dernier souffle, accul&#233; par des cr&#233;atures qu'il avait pens&#233; pouvoir vaincre seul. &#201;pargner les autres, voil&#224; ce qu'il consid&#233;rait comme le plus grand bien lorsqu'il &#233;tait encore semblable &#224; un enfant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son &#233;quipement imposant &#233;tait inhabituel pour une traque dans Souffrebois, pour quelqu'un qui esp&#233;rait se d&#233;placer rapidement et silencieusement dans la for&#234;t. Pourtant, pendant des d&#233;cennies, il avait &#233;t&#233; appel&#233; au service de l'Annulet comme l'un de leurs chevaliers de sang. Il lui &#233;tait difficile de changer ses m&#233;thodes ; elles &#233;taient devenues indissociables de son serment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui reste de ma vie oppos&#233;e aux t&#233;n&#232;bres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois que son p&#233;riple lui semblait impossible, il s'en remettait &#224; son serment. Peu pouvaient le dire, mais dans la souffrance comme dans les dilemmes, il l'avait respect&#233;. Zebediah avait abr&#233;g&#233; les souffrances de camarades frapp&#233;s par la mal&#233;diction et &#233;limin&#233; la putr&#233;faction chez les innocents avant qu'elle ne se propage. Sa seconde vie n'&#233;tait toujours que monstruosit&#233;. S'y r&#233;soudre et rester soi-m&#234;me n&#233;cessitait d'avoir une &#226;me glaciale. Inflexible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah murmura quelques syllabes qui s'&#233;vanouirent dans l'air de la nuit. Les t&#233;n&#232;bres l'enveloppaient comme une brume, &#233;touffant le son de ses bottes sur la pierre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cris provenant de l'int&#233;rieur de la caverne avaient cess&#233;, mais Zebediah pouvait toujours entendre les croassements rauques du vampire qui se nourrissait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'empressa de traverser la caverne, n'ayant besoin d'aucune lumi&#232;re pour s'orienter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le couloir se r&#233;tr&#233;cit, tandis que le raclement devenait de plus en plus fort &#224; ses oreilles. Pr&#232;s d'un virage, il aper&#231;ut enfin le vampire, pench&#233; en avant, ses tentacules enveloppant l'une de ses victimes, accroch&#233;s &#224; son corps comme une douzaine de lamproies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah n'avait pas pr&#233;vu que l'une des victimes du chariot puisse survivre, pas m&#234;me ces deux derni&#232;res. Mais si leurs morts pouvaient lui donner le moindre avantage contre le vampire, il avait bien fait de patienter et d'observer. Rien n'&#233;tait plus important que de mettre un terme &#224; cette menace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah pouvait dissimuler son approche, mais pas son odeur. Le vampire se tourna vers lui, se redressa d'un bond et siffla avec une bouche pleine de langues d&#233;chiquet&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une lance noir pourpre d'ombre solide se mat&#233;rialisa dans la main de Zebediah, et il la lan&#231;a de toutes ses forces. Avant que le vampire ne puisse y &#233;chapper, la lance se planta solidement en plein dans sa gorge. Ses tentacules se dress&#232;rent, luttant pour arracher l'ombre qui d&#233;vorait sa chair froide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque part en Zebediah, la mal&#233;diction se r&#233;jouissait &#224; la vue de sa proie bless&#233;e. Il la r&#233;prima tant bien que mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah avan&#231;a d'un pas lourd vers le vampire, les genoux fl&#233;chis, tenant sa longue lance dans ses mains gant&#233;es. Il ne voulait pas sentir le sang pourri qui s'&#233;coulait de ses blessures ; il devait le tuer rapidement, avant qu'il ne puisse se r&#233;g&#233;n&#233;rer. Il poignarda, per&#231;a deux trous rapides dans sa poitrine, et tendit tout son corps pour ass&#233;ner un coup puissant &#224; deux mains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quatre tentacules dent&#233;s s'enroul&#232;rent autour de la gorge et des bras de Zebediah, d&#233;chirant sa chair.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'avait jamais connu de douleur aussi d&#233;vastatrice. Les centaines de petites dents du vampire cr&#233;&#232;rent des blessures b&#233;antes qui br&#251;laient, se propageant comme un feu d&#233;vorant son corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que les tentacules du vampire se resserraient, la lance de Zebediah &#233;chappa &#224; ses mains. Il sentait son corps se d&#233;chirer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tentacules se rejoignirent au milieu de son corps. Zebediah se liqu&#233;fia dans une mare de sang.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vampire marqua une pause, sifflant et agitant les bras en tous sens. Il s'avan&#231;a lentement, ses tentacules sondant l'air comme des doigts. Puis il se tourna de nouveau vers les corps de ses victimes, rappel&#233; par son insatiable soif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une flaque cramoisie se mit &#224; bouillonner derri&#232;re lui, une masse informe semblable &#224; un corps. La longue lance de Zebediah s'&#233;leva avec lui, serr&#233;e dans sa main qui se reformait doigt par doigt. Il reprenait forme humaine tandis que le sang glissait de la masse informe, et bondit dans le dos du vampire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah essaya de ne pas regarder alors qu'il perforait le monstre, encore et encore. Mais il ne pouvait pas s'en emp&#234;cher. Trois trous. Quatre. Cinq. Il y avait quelque chose de captivant dans leur sym&#233;trie, dans les &#233;claboussures parfaites d'ichor noir-rouge qui le recouvraient. Il frappait avec d&#233;lectation, mortifiant son ennemi, encaissant des coups qu'il remarquait &#224; peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; ce qu'un des tentacules griffe l'amulette que Zebediah portait autour du cou et lib&#232;re la cha&#238;ne du gorgerin. Ce vampire avait d&#233;j&#224; eu affaire &#224; un chevalier de sang par le pass&#233;. Il savait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah s'effondra au sol, rattrapant sa pr&#233;cieuse amulette quelques secondes avant qu'elle ne se fracasse sur la pierre. Les membres du vampire l'envelopp&#232;rent, mais c'&#233;tait la mal&#233;diction qui le maintenait v&#233;ritablement captif. La peau de Zebediah s'&#233;tira et se transforma ; il se r&#233;signa, se m&#233;tamorphosant en une masse de muscles &#233;corch&#233;s et de sang pour rivaliser avec le vampire en force et en soif de sang.L'abomination d&#233;chira la proie en deux, arrachant des tentacules et un bras putr&#233;fi&#233;, gr&#226;ce aux griffes vermeilles de sang que ses mains &#233;taient devenues.&lt;br class='autobr' /&gt;
La proie &#233;tait couverte de sang visqueux, et se tortillait dans tous les sens, essayant de s'&#233;chapper. Mais la fuite &#233;tait impossible.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abomination balan&#231;a ses coups avec fureur, encore et encore, sans la moindre pens&#233;e de r&#233;pit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah secoua la t&#234;te comme un chien. Ses mains lui lan&#231;aient de douleur. De toutes les grandes distractions qui l'emp&#234;chaient de se perdre, la douleur &#233;tait celle qui lui apportait le plus grand discernement. Il avait d&#233;truit la paroi de la grotte, l'ayant frapp&#233;e si souvent qu'un crat&#232;re d'un m&#232;tre de profondeur s'&#233;tait form&#233; dans la pierre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La moiti&#233; de la chair &#233;corch&#233;e du vampire se trouvait &#224; ses pieds. L'autre moiti&#233; avait disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des traces de sang menaient &#224; l'ext&#233;rieur de la grotte. Il avait r&#233;ussi &#224; s'enfuir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah siffla entre ses dents, et se tourna vers le mur pour le frapper &#224; nouveau. Le vampire &#233;tait plus rapide que lui ; et il le savait. Il pouvait toujours essayer de le traquer. S'il partait maintenant, peut-&#234;tre que...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des corps des femmes au sol tressaillit. Puis, quelques secondes plus tard, l'autre aussi. Encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'unisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui &#233;taient-elles dans leur ancienne vie ? Des s&#339;urs peut-&#234;tre ? Des amantes, &#224; en juger par la fa&#231;on d&#233;contract&#233;e dont elles se parlaient ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait venu ici pour tuer le vampire. Pour emp&#234;cher sa mal&#233;diction de se propager.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et elle s'&#233;tait pourtant r&#233;pandue, &#224; cause de ses choix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son manque de ma&#238;trise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa mal&#233;diction, qui remontait &#224; bien avant qu'il ne prenne la lance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#233;tait le plus grand bien ? Les meilleurs choix ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La plus petite des femmes aux cheveux bruns &#233;tait adepte de sensations fortes, avec un sens du bonheur qui lui aurait bien servi. Elle pensait avoir de la valeur, m&#234;me si le monde n'en croyait rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme aux cheveux blonds, quant &#224; elle, avait sembl&#233;... orgueilleuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrogante, m&#234;me. Et pourtant, il l'avait vue lutter contre ses instincts. Connaissant sa cruaut&#233;, l'utilisant parfois et s'en d&#233;tournant d'autres fois dans une &#233;gale mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un d&#233;but. Il posa la lance et l'amulette sur le sol et s'agenouilla devant elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie frissonnait. Elle frissonnait de tout son corps. Elle aspirait &#224; bouger, &#224; se lib&#233;rer de ses pens&#233;es et de son esprit, chaque membre s'animant de sa propre volont&#233;. Sa vision paraissait enfouie, comme une minuscule lueur dans l'obscurit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des visions d&#233;rivaient autour d'elle. Un homme aux cheveux blanc, dont l'armure magnifique &#233;tait macul&#233;e de sang.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu vas mourir, &#187;, dit-il, d'une voix neutre, ni cruelle, ni bienveillante. Son accent &#233;tait &#233;tranger, n'son &#233;locution plate et rapide. &#171; Tu as &#233;t&#233; souill&#233;e. La transformation sera pire que tu ne peux l'imaginer. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il tenait un petit flacon rempli d'eau verd&#226;tre au-dessus d'elle et en retira le bouchon. Dans la brume et l'obscurit&#233;, ses mouvements paraissaient fluides et lents &#224; la fois. &#171; Je peux t'aider &#224; trouver la paix. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voulait acquiescer. Mais sa volont&#233; ne suffit pas &#224; produire le moindre mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ou je peux te donner du temps. Des ann&#233;es. Des d&#233;cennies. Peut-&#234;tre plus. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie avait l'impression que son corps d&#233;rivait, quelque part, loin. Elle pouvait &#224; peine entendre ses paroles. Mais elles retenaient son attention.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il poursuivit, d'une voix toujl'rs plus intense. &#171; Ce ne sera pas facile. Tu t'entra&#238;neras, et tu chasseras. Et tu mourras en monstre, plus mis&#233;rable encore que celui qui a pris ta vie. Ta fin ne sera pas rendue meilleure par les d&#233;mons que tu as tu&#233; &#187;, ni par le bien que tu as fait &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bien que tu as fait. Elle essaya de regarder autour d'elle o&#249; se trouvait Linn.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques paroles imp&#233;rieuses la transperc&#232;rent. &#171; Si tu veux t'&#233;veiller pour cette vie, alors pr&#234;te serment. Pr&#234;te serment sur ton sang. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie ne pouvait ni parler ni bouger. Elle laissa ses yeux lui r&#233;pondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rituel fut pr&#233;cipit&#233;. Chants et ablutions avec le contenu du flacon, l'obscurit&#233; de la grotte enfon&#231;ant ses doigts dans les yeux d'Alodie comme une entit&#233; vivante. Elle sortit de l'inconscience et y sombra, tour &#224; tour, parlant, &#233;coutant, ne se souvenant que de fragments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se tenir debout s'av&#233;ra &#234;tre un effort, mais elle tint bon. Elle prit une profonde inspiration, fit courir sa langue sur ses dents. Normales. Elle prit son pouls. Son sang affluait toujours. Elle regarda l'homme aux cheveux blancs assis en tailleur &#224; quelques m&#232;tres d'elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre eux se trouvait une petite flaque de ros&#233;e. Alodie r&#233;alisa qu'elle pouvait voir dans l'obscurit&#233;. Naturellement, comme elle l'avait fait tant de fois, elle v&#233;rifia son reflet.&lt;br class='autobr' /&gt;
La blessure &#224; sa gorge &#233;tait une vilaine suture &#187; Ses yeux scintillaient comme la lumi&#232;re &#224; travers des rubis. Ils &#233;taient cercl&#233;s de petites veines &#224; la couleur de terre de s&#233;pulture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ressentit la douleur d'un changement irr&#233;versible, mais l'accepta. L'essentiel &#233;tait de vivre. Et puis...&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn se redressa comme si elle avait &#233;t&#233; tra&#238;n&#233;e. Ses bras pendaient mollement le long de son corps. Son visage &#233;tait blafard. Des &#233;pines transper&#231;aient la peau de son cou et de ses bras. Un bruit guttural et animal s'&#233;leva de sa gorge.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;trangement, Alodie se sentait plus faible que jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce que tu m'as fait &#187;, dit-elle &#224; Zebediah, en tr&#233;buchant sur les mots. &#171; Fais-le pour elle. Il le faut. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah secoua la t&#234;te. &#171; Son &#233;tat est trop avanc&#233;. Ce sera bient&#244;t un rejeton du vampire. Je suis d&#233;sol&#233;. Je n'avais le temps d'aider que l'une de vous deux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne restait plus &#224; Alodie que le bien qu'elle pouvait accomplir. C'&#233;tait ce qu'il avait dit. C'&#233;tait la promesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si... Si nous tuons le vampire, est-ce qu'elle... &#187; Sa voix lui semblait plus rauque que dans ses souvenirs, comme si sa gorge n'avait pas gu&#233;ri correctement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah l'interrompit. &#171; Une fois que la transformation s'enclenche r&#233;ellement, il n'y a plus moyen de l'arr&#234;ter. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie se sentait mal. Les larmes vinrent &#224; ses yeux sans qu'elle puisse les retenir, ces &#233;coulements qu'elle avait toujours jug&#233; inutiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi moi ? Pourquoi tu ne l'as pas choisie ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah d&#233;tourna le regard. &#171; Notre chemin est difficile, et tu dois savoir qui tu es pour le parcourir. Oublie qui tu es, ne serait-ce qu'un instant, et il n'y a pasde retour possible. &#187; Ses yeux &#233;taient empreints d'un air lointain lorsqu'il tourna&#224; nouveau le regard vers elle. &#171; Je per&#231;ois cette r&#233;solution en toi. Toi, au moins, tu auras une chance. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'approcha de Linn, qui se tordait comme les corps de marionnettes du chariot, essayant de s'approcher d'Alodie avec des bras et des jambes qui refusaient d'ob&#233;ir, produisant des sons qui ne ressemblaient en rien &#224; des mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie fixa ses yeux, observant ses pupilles alors qu'elles se coloraient de rougeet s'&#233;tendaient pour finir par en &#233;clipser les blancs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn ne pouvait pas lui r&#233;pondre. Et rien ne valait la peine d'&#234;tre dit juste pourelle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le somptueux ascot bleu et or autour du cou de Linn &#233;tait tach&#233; au point d'en&#234;tre m&#233;connaissable. Alodie d&#233;fit lentement l'ascot, le passa par-dessus sa t&#234;te et le noua autour de son cou, couvrant ainsi la cicatrice. Ce serait sa propre amulette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se retourna vers Zebediah, et ne demanda rien. Mais ilaccepta quand m&#234;me, et lui tendit sa lance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie la pointa sur le c&#339;ur de Linn, et attenditun semblant de r&#233;action de sa part, peut-&#234;tre que ses yeux refl&#232;tent une confiance pass&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureusement, il n'en fut rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
La confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie ferma les yeux et laissa son instinct faire le reste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En V.O :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Instincts&lt;br class='autobr' /&gt;
A SHORT STORY BY RYAN QUINN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Story&lt;br class='autobr' /&gt;
Ryan Quinn&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration&lt;br class='autobr' /&gt;
Sangsoo Jeong&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Editorial &lt;br class='autobr' /&gt;
Chloe Fraboni&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lore Consultation&lt;br class='autobr' /&gt;
Madi Buckingham, Ian Landa-Beavers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Creative Consultation&lt;br class='autobr' /&gt;
Mac Smith, &lt;br class='autobr' /&gt;
Sebastian St&#281;pie&#324;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production&lt;br class='autobr' /&gt;
Brianne Messina,&lt;br class='autobr' /&gt;
Carlos Renta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Design&lt;br class='autobr' /&gt;
Corey Peterschmidt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Special Thanks&lt;br class='autobr' /&gt;
Otis Blum, Justin Dye, Scott Shicoff, Matthew Berger, and the Diablo &lt;br class='autobr' /&gt;
Immortal team&#8212;past and present&#8212;for unleashing new blood on Sanctuary&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; 2023 Blizzard Entertainment, Inc. Blizzard and the Blizzard Entertainment logo are trademarks or registered trademarks of Blizzard Entertainment, Inc. in the US or other countries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instincts&lt;br class='autobr' /&gt;
Twilight in eastern Kingsport was when everyone around started to vanish. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie was used to it, the sudden way the city got inhospitable, but she was no less bothered for the familiarity.&lt;br class='autobr' /&gt;
She walked with purpose as she traversed the street, more an outdoor tunnel, really, the cramped path sloping endlessly down in the dark. On either side were sodden old wood homes, divided and divided again until it was impossible to chop them any smaller. Then they were just lean-tos, hovels for the wretched and the poor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mewls Avenue's dwellings hid it well from everywhere else. At least Alodie could smell the ocean here, though she couldn't see it. Shouts and curses carried from the docks. Most corners were dead ends. Sad fish gagged their last somewhere out of sight. It stunk.&lt;br class='autobr' /&gt;
One saving grace for Kingsport's slums : nobody much cared what you were doing. &lt;br class='autobr' /&gt;
She followed her cousin along mold-flecked cobbles, keeping a body's distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Hurry up,&#8221; Boyce muttered, walking faster, not looking back at her, still not saying where they were headed.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce was older and gaunt, deeper in the blood, with a nose so proud it served as his face from most angles. His coat was big enough to hide a broadsword. Alodie had fair and fine hair bound up tight. She'd put her ugly gloves on. They were dressed to settle someone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Out of all the things she did for the family in Kingsport, she liked settling people the least.&lt;br class='autobr' /&gt;
Organizing was tense work. Preparing the coachmen for a delivery, making sure they knew which crates to open and which ones to keep sealed, and how much to bribe the watch if they got caught . . . Alodie was good with details, but too many left her exhausted at the end of a day. Even so, her allowance was decent. &lt;br class='autobr' /&gt;
And while shipping manifests were mindless, Alodie could skip out if she finished fast enough. She cut through the dullness by making her nights more memorable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Earlier in the year, she and Linn had gotten dead drunk and wrote &#8220;ALMS&#8221; in cow's blood on the leather hood of one of the family's carriages.&lt;br class='autobr' /&gt;
The carriage looked pristine the next morning. Nobody was punished ; nobody even mentioned it. Alodie amused herself for hours just imagining Boyce's old mother, the matriarch herself, her face winding up like a screw, directing the washing woman to take care of it through a string of curses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn had been Alodie's only friend for far too long. Alodie couldn't say exactly what brought them together, though she knew what kept them close : Linn had a poet's spirit. She toiled away in her shop at all hours, but she made sure both of them always had the finest silks to wear out. Alodie envied her. At least Linn wasn't part of the family. She didn't have to settle anyone.&lt;br class='autobr' /&gt;
You only settled the worst kind of people. Leeches. First they got in debt, thenthey borrowed, and then they tried not to pay.&lt;br class='autobr' /&gt;
And Alodie always had to play dealmaker with a leech. Her cousins could get . . . excessive, and she needed to set the dates and the amounts and assuage the leech's fears while the boys stomped around and made a mess. Help the leeches help themselves before they got hurt. Even if most of them deserved to get hurt.&lt;br class='autobr' /&gt;
The whole practice&#8212;the need for it&#8212;was shameful. Why weren't people just better ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce led the way down Nogarden. They were turning angles every few seconds as a maze of wood and stone choked the path around them. If anyone was looking, Alodie couldn't see them for the grime coating the windows. It made sense, people leaving them filthy. Despicable things happened on the other side.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie was lost and a little nauseated. She tried Boyce. &#8220;Who's the leech ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce didn't look back or even acknowledge her question, as usual. He disappeared around a corner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rounding it, she saw her cousin fussing with whatever was under his coat. Boyce had finally, blessedly, come to a stop in front of the door to a squat brown row house, one she&#8212;Alodie forgot the thousand annoyances that had strangled her attention all evening. Her heart and her guts dropped through the cobbles. Panic clawed her fingers inward.&lt;br class='autobr' /&gt;
The sign for Linn's shop creaked back and forth in the evening breeze.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce smiled at her. His teeth were dingy.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Toughen up, little sprite,&#8221; he said. &#8220;Indulge the instincts. This'll go quick.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Then he turned and kicked the door open.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;How could you be so stupid ?&#8221; Alodie screamed at her only friend.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie was glad she couldn't see herself. She knew what she must look like. Spit flying, veins protruding in her neck and forehead, face flushed to full claret. A real grotesque.&lt;br class='autobr' /&gt;
They'd tied Linn to a chair in her shop, bound her hands together behind it, then tipped it over, pressing her against the ground. Just to keep her scared. The place was already a muddle. Heaps of wool and rabbit fur surrounded a loom on the back wall. Leather hanging in uneven strands ; jars of clumpy dyes on the lone desk ; straw everywhere on the floor. The ceiling was low and saggy enough to dump the upstairs tenants on top of them.&lt;br class='autobr' /&gt;
Opposite the clutter, in an open dresser, sat yards of fine silk, neatly folded.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie pointed at the silk. One of the family's deliveries. She swept her finger around the room. &#8220;We gave you all of this. The only thing you needed to do was pay on time.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn couldn't stop her tears. Her tiny face was apple-shaped, and the crying made it seem smaller. An intricate blue-and-gold ascot wound around her neck, she'd pampered her short auburn hair with rose powder and wax she'd stolen from the tanner. Alodie knew that for certain ; she'd been the lookout.&lt;br class='autobr' /&gt;
The expression Linn wore was fully pleading. Good. It meant she'd be amenable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie put a hand on the chair, as if to stand her up. &#8220;If you can just get us two hundred back in a month&#8212;&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce interrupted. &#8220;Can't keep a promise, don't make one.&#8221; He was a boor, and he sounded like it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Immediately, Linn's face went defiant. As defiant as she could be with all seven stone of her crushed into the ground.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Sard yourself, pinch-nose,&#8221; she spat. &#8220;I hope your mum's cats eat her eyes and demons eat the cats.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn was never a boor. She had a point too : Boyce's mother was awful.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce didn't say anything, just opened his coat and brought out a twin-head hammer. He put it through the dye jars one at a time, sprinkling glass and cobalt colored pulp throughout the shop. Linn screamed. Alodie covered her eyes when the glass flew, checked for cuts when it stopped, didn't feel any.&lt;br class='autobr' /&gt;
Then Boyce was stuffing a rag in Linn's mouth, flipping the chair upright, and heading to the desk with his hammer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Stop,&#8221; Alodie shouted, loud, before he could do something else ugly.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;And what do I get if I stop ?&#8221; Boyce said, waving the hammer. He looked back and forth between the two of them, like he was their problem to solve.&lt;br class='autobr' /&gt;
They used it to keep her down, when they knew full well she could run the whole operation. &lt;br class='autobr' /&gt;
So they said she lacked a hunter's instincts. A killer's.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie glanced at Linn's face : cheeks flush, eyes big, brows stretched up. Terrified.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;She won't just pay it back. She'll give you an extra hundred gold, on the side, when it's done. For your trouble. In a month. Right, Linn ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn nodded. In settling, this was progress. One show of force, and&#8212;Boyce took a long, deliberate step toward Alodie. He had a tight grip on the hammer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;I don't think she'd learn from that. I think&#8221;&#8212;he drew out the wait&#8212;&#8220;that's &lt;br class='autobr' /&gt;
undeserved leniency.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie's heart was pounding. Hopefully nobody could see it on her face. Now she had to settle both of them.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;All right,&#8221; she said. &#8220;Linn pays in two weeks. I'll come pick it up. And I'll take care of your manifests for a month.&#8221; A concession. Sometimes, concessions could be good. They showed you respected the other party.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;You really don't have the instincts,&#8221; Boyce said, flexing his fingers around the hammer. He almost sounded sad.&lt;br class='autobr' /&gt;
His mother spoke fondly about the instincts, so Boyce did too. They used it to keep her down, when theyknew full well she could run the whole operation. So they said she lacked a hunter's instincts. A killer's.&lt;br class='autobr' /&gt;
But Alodie had them. She'd proven it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Up to a point.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;I think, if she's going to take our livelihood, we should take hers. That makes sense.&#8221; Boyce turned, raised his hammer, and looked down at Linn, scrunched under the chair.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn shrank back, moaned something around the gag.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Please,&#8221; Alodie said.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce held on to the chair to steady it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie knew what he was thinking. The instincts took over.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;You're an imbecile. If you break her knuckles, how exactly do you expect her to come up with the coin ? She'll&#8212;&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
He brought the hammer down, hard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn thrashed around under the chair. Everything she tried to say was wordless inchoate nonsense. Not just because of the gag. Because she couldn't help herself. &lt;br class='autobr' /&gt;
Because it hurt too much.&lt;br class='autobr' /&gt;
She was shivering and drooling as Boyce pulled the chair up and unfastened her wrists. Linn's right knuckles were crushed to pits, blood flowing up everywhere&#8212;under the nails, in the ragged little rents splitting her skin. She rocked back and forth, cradling one arm in the other.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie didn't want to see. She made herself stare at Boyce&#8212;who, beyond a little sweat, didn't look like he'd done much of anything at all.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Now we're getting nothing,&#8221; Alodie sneered at him, hateful as she felt. &#8220;Less than nothing, you idiot.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce just shrugged. &#8220;She'll pay. Got a faster way to make it back than a couple &lt;br class='autobr' /&gt;
weeks' work.&#8221; With one hand, he pulled Linn toward the door. She was still wailing behind the gag.&lt;br class='autobr' /&gt;
His nonchalance made Alodie cold. &#8220;Where are you taking her ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
What was he thinking ? Selling her to a prize house ? Selling her into labor ? With her hand ruined like that ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce ignored Alodie again. &#8220;She's not your problem anymore.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Then he kicked a rucksack at her feet. Straw swirled in the air. &#8220;Get the silk, take anything else worthwhile, and go home. We'll talk tomorrow.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie's face burned red. She should stop him. Hit him. Do something.&lt;br class='autobr' /&gt;
But he was deeper in the blood.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn didn't take her eyes off Alodie as Boyce dragged her from the shop.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie went through the slums like she was ripping out a stitch. Slow. Backward. &lt;br class='autobr' /&gt;
Feeling more than she'd wanted.&lt;br class='autobr' /&gt;
She'd never bothered to help a leech when settling didn't work. But Linn wasn't a leech. Or at least, not an ordinary leech.&lt;br class='autobr' /&gt;
You didn't praise a leech's talent to your family. You didn't invite her to the table to deal.&lt;br class='autobr' /&gt;
When a leech did well for herself, the two of you didn't storm the upper district, dressed better than the gentry. Wantons and troubadours didn't fawn over you. Your nights didn't go so deliciously late the sun was scared to show its face.&lt;br class='autobr' /&gt;
You didn't promise a leech you would watch out for her. And she didn't promise you the same.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maybe Linn thought she would get special treatment from the family because they were close. MaybeAlodie had let her think that.&lt;br class='autobr' /&gt;
So she stayed farther behind Boyce this time, out of sight, leaning against the &lt;br class='autobr' /&gt;
chophouses around Mewls until the slums went straight again. Alodie walked a scattered way ; a drifter, not a hunter. When Boyce met up with a few more night-shapes and they shoved something dark and bundled onto a cart, Alodie picked up her pace just barely. A drifter with purpose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Her cousin's cart rolled over the filthy cobbles, west and north. Four figures and a cart : a prelude to a shipment. Their evening would be bigger than Linn.&lt;br class='autobr' /&gt;
But they were headed away from the docks. At least they weren't shipping her to Bilefen.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie followed Boyce's crew for an hour without stopping, out of the always yawning north gates with their flamboyant blue-green banners, and onto the trail roads. She crept in the dark, with no more slums to hide her, starting at every owl sound. The little dots of their torches led her off the trail and toward the woods, &lt;br class='autobr' /&gt;
where the smell of the sea fled for rich, rotting earth.&lt;br class='autobr' /&gt;
Then she waited. Gave them a few minutes to get ahead before she started moving. Alodie had a fairly good idea of where they were going.&lt;br class='autobr' /&gt;
The family kept a coach stop miles out of town, in the thinnest part of the Solterwood, for swapping riders and cargo before starting on new trips. Alodie had made the walk there more than once.&lt;br class='autobr' /&gt;
The stop was well hidden, right where the tree canopy started to get thick. Boyce &lt;br class='autobr' /&gt;
dusted his hands behind a big four-wheeled carriage ; two other carriages sat yards &lt;br class='autobr' /&gt;
beyond. All three were hooded in plain leather, open-backed but dim inside, their &lt;br class='autobr' /&gt;
cargo concealed.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie could hear their horses huffing and stamping, and muffled chatter between the coachmen. She crouched low to the forest floor, hands down in the worms and moss and scat. Shrubs and brambles pried at her skin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce and his crew, squash-head Lachlan and two other thick-necks, turned and shuffled toward her in the dark, toting weighty clubs and torches that doubled as clubs. Some of the family's people had come over from the knife gangs, she remembered.&lt;br class='autobr' /&gt;
They were grim-faced and dead quiet to a one. Usually, a handoff brought out some ill humor. Talk about how they'd spend the money, if nothing else. &lt;br class='autobr' /&gt;
And they walked faster than they had on the way up, their heads swiveling about like gophers. As if they wanted to put the place behind them.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie bit her tongue hard. She felt the throb of new pain as they brought their torches closer and closer. To illuminate the night. To find her hiding in a bush.&lt;br class='autobr' /&gt;
She looked at Boyce. Really looked at him. He was deeper in the blood, but he wasn't invincible. His eyes were mostly black pupils, soft and supple jelly all. &lt;br class='autobr' /&gt;
His throat narrow and bare enough to crush. If only she'd thought to bring a sap, a sharp stick, even a gloveful of broken glass from the shop floor.&lt;br class='autobr' /&gt;
He walked right at her. Alodie tensed her fists, bent at the knees. If they found her, she'd wish she'd struck first.&lt;br class='autobr' /&gt;
And then what ? Get her knuckles crushed. Get sold into labor. Boyce had been absolutely right : She didn't have the instincts. She was pretending.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or she wasn't listening hard enough. He was distracted. Letting him ignore her, letting him get away with it&#8212;that was an opportunity. The instincts knew.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soundlessly, Alodie sunk closer to the undergrowth.&lt;br class='autobr' /&gt;
The crew marched past Alodie's hideaway, swift and determined. Their torchlight receded from view. She found herself swaddled in enough shadow to breathe. Ahead, three carriages creaked, kicking up soil and dirt in their wake, lead horses tugging them forward at the crack of a whip.&lt;br class='autobr' /&gt;
Step out too fast, and the family would see. But if the horses got up to speed, she would never catch them.&lt;br class='autobr' /&gt;
Keeping her eyes off Boyce's crew, imagining them still withdrawing with their backs turned, Alodie crept to the closest carriage. She held her breath tight, begging herself not to cough as equine stink and forest rot washed over her.&lt;br class='autobr' /&gt;
At the front of each carriage sat a coachman, with a long horsewhip and a pair of mounted torches flanking their seat. They fussed with their whips, calling out commands to each other. Whistling. Shouting. Occupied. The lead horses started to gallop.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maybe a good bit of the instincts was just ignoring consequences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie lunged. She got one foot on the step at the back of the carriage car and heaved herself up and in. She landed hard on her belly, felt the wind fly out of her.&lt;br class='autobr' /&gt;
Grateful for being breathless, given the hell she found.&lt;br class='autobr' /&gt;
The inside of the carriage was a portrait of misery. Bodies slumped atop one another, crushed up against the walls. Ragged gray forms taking wheezing half breaths, trussed to iron posts like coneys. A few were unshod, with their feet broken and purple at the knobs, or their hands smashed into ruins of dangling nails. Most had been blindfolded ; all were gagged. Heads lolled in stupor. Lit by tiny threads of torchlight from above, they were more like silhouettes than people.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyce's mother&#8212;the whole family, Alodie included&#8212;shipped a lot of things. &lt;br class='autobr' /&gt;
Things they shouldn't have. But this was beyond what she knew.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie sucked in a breath she didn't want.&lt;br class='autobr' /&gt;
She couldn't stand, and not just for the sick upheaval in her stomach. The carriage moved fast. Rolling forward, the horses pulling them straight north, where the trees were denser. That route would make the Solterwood impassible on the wheel after too long. Where in the Hells were they going ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie looked frantically across the faces of the condemned, avoiding the unfocused eyes of the ones who looked back. She didn't recognize a single one. &lt;br class='autobr' /&gt;
Probably they'd been leeches. Surely they weren't any of her leeches.&lt;br class='autobr' /&gt;
She felt frantic then, as if she would start weeping, but the instincts wouldn't let &lt;br class='autobr' /&gt;
her. Everything poured into the clod in her throat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn lay farther in, nearly atop two other prisoners. Eyes closed, bound and &lt;br class='autobr' /&gt;
gagged. Still.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie pushed herself up to a crouch. &#8220;Shh,&#8221; she whispered to the passengers, Maybe a good bit of the instincts was just ignoring consequences. putting a finger to her lips. Not really talking. Hearing her own voice talk. Tapping herself for emphasis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Need to get her. Then I'll help.&#8221; Could she help these wretches ? Did it matter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A dull moan rejoined. From near the wall, a shuddering, pitiful inhale. Alodie &lt;br class='autobr' /&gt;
wasn't sure they heard. Or understood.&lt;br class='autobr' /&gt;
She tried for all the authority she could fit into a whisper. &#8220;Don't make a sound.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie inched forward, feeling every movement of her hands, trying not to touch their agonized limbs. Close to the front of the carriage, she saw Linn's eyes flutter, and the wash of relief staggered her.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn's eyes were puffy. But she looked back, and Alodie saw recognition in them. &lt;br class='autobr' /&gt;
She hadn't been drugged, Alodie figured&#8212;the good fortune of being a late addition to the shipment. But the rag in her mouth had been swapped for a leather gag, and both her hands were bound tightly to a post.&lt;br class='autobr' /&gt;
Her right hand was a travesty, ugly purple-yellow and swollen. Broken, surely. &lt;br class='autobr' /&gt;
Beyond a healer, likely. There were a lot of bits to make a hand work.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leaves and branches scraped along the sides of the carriage. The forest was getting denser. Alodie gingerly tried to remove the rope on Linn's wrists. Then she'd free her feet, then get the gag. Then they would run.&lt;br class='autobr' /&gt;
As she fought with Linn's bindings, Alodie's hands trembled. For all that she could control them, they might as well have been someone else's. At least the ugly gloves soaked up her sweat. But there were so many knots. No fray points. It was taking too long.&lt;br class='autobr' /&gt;
In frustration, she tried to work one of the loops over Linn's good wrist. Linn whimpered into the gag and clenched her eyes shut, taking panicked snorts of air, each minute mounting agony.&lt;br class='autobr' /&gt;
Then Alodie heard the coachmen shouting, and the carriage started to slow. She pulled frantically at Linn's bonds.&lt;br class='autobr' /&gt;
Meager torchlight vanished above them. Someone dropped from the coach seat onto the forest floor, squelching in the soil. Alodie swiveled to the back of the carriage, but the footfalls moved quickly around the front, followed by the sounds of horses getting unhooked. They clomped noisily away. The coachmen were running.&lt;br class='autobr' /&gt;
No one entered the carriage. Had they been abandoned ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn tried to say something around the gag. Knowing her, it would be a joke about her mangled hand. Looks a beauty, don't it ? Or maybe she would be furious. &lt;br class='autobr' /&gt;
She had every right.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie got Linn's good wrist free and yanked the gag loose.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;They ain't shipping us out,&#8221; Linn whispered, ragged. &#8220;We're bait.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
From outside, Alodie heard the sound of timber splintering in multiple places at once, a tumult of axe blows falling on the forest entire.&lt;br class='autobr' /&gt;
One horrified scream ripped through the air. A chorus followed.&lt;br class='autobr' /&gt;
A minute passed in the shape of an hour. The shrieking outside the carriage began to shift. Wet, low gurgling took its place. Alodie could hear frenzied scrabbling, a different, throat-shredding yell, then silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
The instincts quailed in her. Every impulse melted into fear. Her breaths burned. &lt;br class='autobr' /&gt;
She could barely move. She mostly just trembled.&lt;br class='autobr' /&gt;
With one working hand, Linn worried at the bonds on her own feet, saying nothing. Her progress was hobbled, slower than the death that stalked them. She'd never get loose alone.&lt;br class='autobr' /&gt;
The condemned were coming to life now, glancing around sluggishly, trying to drag themselves off their posts, wringing at ropes and sweat-slick leather straps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie had to be the only person in the carriage halfway to her feet. Free to run. &lt;br class='autobr' /&gt;
Linn looked up at her, wondering. Asking. She had every right.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn only nodded when Alodie leaned down and got a thumb under the bonds The shrieking outside the &lt;br class='autobr' /&gt;
carriage began to shift. Wet, low gurgling took its place. Alodie &lt;br class='autobr' /&gt;
could hear frenzied scrabbling, a different, throat-shredding yell, then silence.on her feet. They worked at it together, until the slow scrape of something heavy dragging along the soil assailed Alodie's ears. It was all she could think about while she tugged the rope over Linn's left foot, shredding skin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Until the front of the carriage split in half.&lt;br class='autobr' /&gt;
Wood splinters exploded around them. Alodie scrabbled backward, tugging Linn by her good arm.&lt;br class='autobr' /&gt;
The carriage tilted. Three of the condemned vanished, ripped bodily off their &lt;br class='autobr' /&gt;
posts and into the dark. Screams burst forth from everywhere at once.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie caught a glimpse of ink-stained gums and rows upon rows of teeth. &lt;br class='autobr' /&gt;
A serrated red-black tendril flicked through the ruin, catching her across the shoulder. She tore herself away from it painfully, and it snaked away to drag another of the condemned out of view. Alodie didn't look at the other prisoners, just heaved Linn forward. They scurried out over the carriage's bent back.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn took a child's steps, limping on legs numb from her bindings. Alodie's shoulder buzzed with pain as they lurched forward, in the deep of a wood neither recognized. Behind her, Alodie could see the wreck of all three carriages, red-splattered, blood coating them thick as yolk. A chamber torch, stubbornly &lt;br class='autobr' /&gt;
ensconced and still burning, jutted atop one like a candle.&lt;br class='autobr' /&gt;
The bodies of the family's offering were everywhere behind. Red, ropy innards trailed from them, bunched and pulled like marionette strings. All of them, dead and half-dead and not-dead, writhed in unison on the ground, matching one another's movements, one another's noises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heart pounding, Alodie pulled Linn along the loam, deeper into the Solterwood's &lt;br class='autobr' /&gt;
shadows, as fast as the instincts would allow her.&lt;br class='autobr' /&gt;
An abomination stalked the Solterwood with blood on its claws. Slunk low to the ground, it moved like a whisper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trees crowded out the moonlight but could not dissuade it. Its eyes were made for the darkness.&lt;br class='autobr' /&gt;
As it had many times before, the abomination lingered on hours-old ruin : two grievously wounded corpses, the remnants of their flesh hewn by claw and fang. &lt;br class='autobr' /&gt;
What little skin remained to them was spiny, different than it had once been.&lt;br class='autobr' /&gt;
The bodies lay on ochre-stained soil. Both were still. That was important.&lt;br class='autobr' /&gt;
The abomination prodded at the bodies, then punched a hand through one. It bore down with a squelch, the corpse wooden and unmoving.&lt;br class='autobr' /&gt;
Then it loomed over the second one. Repeated.&lt;br class='autobr' /&gt;
This corpse opened its dislocated jaws wide, hissing rotten mucus from between its teeth. Like a dying insect, it flailed at the abomination with every limb. Even in this state, its strikes were brutal. The razorlike prongs poking up through its skin scraped against the abomination's hide but could not find purchase.&lt;br class='autobr' /&gt;
The abomination twisted. With a crunch, the corpse fell still. Its eyes were &lt;br class='autobr' /&gt;
sunken, encrusted all around with red rheum. In all its frenzy, the lids had never once opened.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rising to its feet, seeking past the sweet smoke and putrefaction, the abomination found something else. Its gaze fell on scattered tracks, trailing east to the densest part of the wood. It pawed at the dirt, stopped, inhaled.&lt;br class='autobr' /&gt;
Two more. Both blooded.&lt;br class='autobr' /&gt;
The hunt would not end here.&lt;br class='autobr' /&gt;
Shadows coiled around the abomination, and it was gone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie and Linn fled from the things in the night. The darkness was impenetrable. &lt;br class='autobr' /&gt;
More of the forest seemed to just emerge around them with every step.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie was steering Linn with both hands. And the instincts were steering her. &lt;br class='autobr' /&gt;
No one was in control.&lt;br class='autobr' /&gt;
They had run for what felt like hours, harried by brush cracking and wet, ferine snarls. The hair on Alodie's neck stood up without ceasing. It was like she was being watched, always, but she couldn't see how. Or by whom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Every few minutes, they'd been forced to stop. Linn would slow and need to rest. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or she'd fall before Alodie could catch her. This time, the wound on her hand had bled through the cloth they'd wrapped around it.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Do you think it's gone ? That . . . thing ?&#8221; Linn asked. She was slumped in the grass, trying to keep her breath quiet.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;We should move like it isn't,&#8221; Alodie said.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn just winced and pulled at her makeshift bandage, rearranging it like that would fix something.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;It's not so bad. Boyce has done much worse,&#8221; Alodie said, helping her up.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Now you feel like helping ?&#8221; Linn sneered as she rose from the bramble.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;I'm here, aren't I ?&#8221; Alodie said, trying her best to keep them moving. &#8220;I would have told you if I'd known.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn was quiet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Concessions could be good. She tried again. &#8220;If I had done anything, they would probably have killed us both.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn stared at her, dumbfounded. Maybe mad at herself for not realizing what a nightmare she'd cozied up to. Maybe madder at Alodie for letting her.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;You know, normally the smart ones pay on time.&#8221; Alodie tried to keep the criticism out of her voice. It didn't work.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn shoved away from her and walked on her own. It was even slower going.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;And you've never been in a rut, have you, Miss Alodie ?&#8221; Linn spat back. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Nobody wanted to come down to Mewls for months. I tried taking orders in the &lt;br class='autobr' /&gt;
Upper. Things just slowed.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Despite herself, Alodie felt the instincts surging, spoiling for a fight she could &lt;br class='autobr' /&gt;
win. &#8220;So you decided to have us carry the debt for you ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;&#8216;Us' ?&#8221; Linn was incredulous. &#8220;You know how much money they have. You're &lt;br class='autobr' /&gt;
always talking about how shite they all are&#8212;why do you care if I need a couple &lt;br class='autobr' /&gt;
weeks ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;I don't,&#8221; Alodie said, realizing. She let the fight lapse. Linn deserved to have &lt;br class='autobr' /&gt;
this, at least.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie reached out to help her over some misshapen roots. &#8220;When they're &lt;br class='autobr' /&gt;
coming by for your other hand, I'll give you a warning first.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn just stared back, face all ashen misery. &#8220;You don't get to joke about it.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie had gone too far. It hadn't even been a night.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Not until I joke about it a couple times.&#8221; Linn smirked. &#8220;Ideally with an audience.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
The forest was quieter. Tentatively, they settled into a slow walk. A shared pace.&lt;br class='autobr' /&gt;
In an hour, they'd heard no sounds of pursuit and seen nothing else alive. The forest seemed stripped of its chatter, and there was no sign of the night giving way or of the forest thinning out. They were both shivering.&lt;br class='autobr' /&gt;
From far off, Alodie heard a noise she recognized. A dying horse, whinnying around a mouthful of fluid. As they drew closer, she saw its belly had been opened. &lt;br class='autobr' /&gt;
Linn looked away and covered her face with her good arm.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie stopped to help her lean against an oak and searched near where the horse had fallen. She returned with a torch and a strikebox, then took Linn by the shoulder. &#8220;Are you going to . . . ?&#8221; Linn asked, leaving the question unfinished.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie ignored her. Hustled them both away, fast.&lt;br class='autobr' /&gt;
She'd watched coachmen put down horses before. It was always sad, seeing the trust in their eyes. But at least she could tuck that away. The sight of those writhing bodies by the carriages, the way they moved like puppets. . . that, she couldn't forget.&lt;br class='autobr' /&gt;
If an animal was dying here, still making noise, that could be a distraction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Whatever was hunting them could go hunt something else.&lt;br class='autobr' /&gt;
She veered opposite their path, driving Linn on, moving south. What she hoped was south&#8212;the trees were too thick to see the stars. The grainy wet soil started to give way to rocks, shards of granite that scraped her boots. Linn tripped even more often, breathed heavier, walked with her head down. Alodie stumbled a few times herself. They made a sluggard's pace in the dark, but the Solterwood thinned, ever &lt;br class='autobr' /&gt;
so slightly, until they nearly smacked into a wall.&lt;br class='autobr' /&gt;
They were leaning against cold, mossy granite. A cave mouth yawned open a few dozen feet from them. Shelter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Relief flooded Alodie. The constant feeling of being watched receded.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie laid the torch on dry rocks, hunched over it with the strikebox open. She began pounding flint and steel, then blowing on an ugly gloveful of tinder. It was awkward and imperfect work, but not her first time. The torch burst into flame.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Now you're not being serious,&#8221; Linn said. But she shivered. Her voice was questioning, not demanding. She wanted to be wrong.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Are you thinking we just walk until we collapse ? We'll be safer if nothing can sneak up on us,&#8221; Alodie reasoned. She motioned Linn forward.&lt;br class='autobr' /&gt;
They paced into the cave, the torch high above Alodie's head, feeling their way along the cave walls. An open area, somewhere to wait out the night, was all they needed. They hurried, drawing on the vigor of a second chance.&lt;br class='autobr' /&gt;
The torch was their lodestar. As they walked, Alodie felt it scrape the cave's ceiling. She wanted to hold it high, to send its light far ahead.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;How long do we need to be at this ?&#8221; Linn asked, huffing. Where her fear had receded, her pain was filling the gaps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie's throat was so dry she cleared it twice before she could answer. &#8220;We should go deep enough that it would take work to get us out. Somewhere wide open, where we can keep our eye on the entrance.&#8221; Alodie wasn't sure. She just wanted to sound sure. &#8220;Then I can take watch for a few hours, keep the torch lit. So &lt;br class='autobr' /&gt;
you can get some rest.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
They left the moonlit parts of the tunnel behind. The cave's walls were humid and wet, the stone occasionally hiding tiny beads of moisture that made her hands slip. Alodie certainly wasn't looking forward to sleeping on the ground. But they She'd watched coachmen put down horses before. It was always sad, &lt;br class='autobr' /&gt;
seeing the trust in their eyes. But at least she could tuck that away. &lt;br class='autobr' /&gt;
The sight of those writhing bodies by the carriages, the way they &lt;br class='autobr' /&gt;
moved like puppets . . . that, she couldn't forget.had to make it through. Linn had to make it through.&lt;br class='autobr' /&gt;
Something scraped at the cave wall behind them.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Shhh.&#8221; Alodie turned the torch, scanning the area as best she could. She didn't see anything near in the dimness. But the sound was back the way they'd come.&lt;br class='autobr' /&gt;
They backed up, scrambling deeper into the cave, down the corridor. Ahead, it split in two.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie drove them left, ensuring Linn was front of her, nearly shoving her to keep them moving.&lt;br class='autobr' /&gt;
Another maze in the dark. Alodie brought them to a turn, took it right&#8212;and realized they'd walked an elbow. The cave doubled back on itself.&lt;br class='autobr' /&gt;
A sound like an axe-head hitting stone reverberated through the cavern.&lt;br class='autobr' /&gt;
Her whole body was paralyzed with fear. Alodie stood unmoving, just pointed Linn down the right corridor. That was all she could manage. Linn looked back at her. Looked ahead again. And started to take shuffling steps forward. Trusted that she wasn't another dying horse.&lt;br class='autobr' /&gt;
It couldn't corner both of them. Alodie took the other corridor.&lt;br class='autobr' /&gt;
She held the torch as high as she could, gripping it with both hands, careful to avoid the wet walls. She didn't want to see the thing that had ripped the carriage apart. But she had to for them to have any hope of surviving.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie could hear Linn's breathing for a few seconds, and then she outpaced &lt;br class='autobr' /&gt;
the sound. There were no more scrapes, no more clangs. She would find the thing or Linn would. Alodie followed the torch down this new path. Walked until she noticed the droplets beading on the wall had changed, and stopped for just a second to look at them.&lt;br class='autobr' /&gt;
They glistened, reflecting something redder than her torchlight.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie turned from the wall, and a fiend looked back at her. Tendrils jutted from its torso like umbilical cords. Its black-gummed mouth bristled with canines and too many tongues, each covered in sharklike teeth.&lt;br class='autobr' /&gt;
Its eyes were pits, merciless but not mindless. Too keen. Too human. Fine brocades that would have been genteel a century ago clung to its waist in tatters. &lt;br class='autobr' /&gt;
She'd seen clothes like it in Boyce's mother's home. Handed down from their parents' grandparents.&lt;br class='autobr' /&gt;
The horror of her family's arrangement hit her. Alodie knew their business made victims. But she couldn't imagine any human justification for selling people to this thing. Money ? Protection against its hunger ? A bloodline obligation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Frantic, Alodie stabbed the torch toward it. Fire was the Light's weapon. She swung it wide, twice, then launched herself forward, pressing the torch against the monstrosity, trying to keep as much distance as she could.&lt;br class='autobr' /&gt;
It didn't shriek or recoil as the flames sizzled against its face, just leered at her. &lt;br class='autobr' /&gt;
Then it swatted the torch away and tore her throat out with its teeth.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie hit the ground slowly, like a stone sinking to the bottom of a pond. She gasped, unable to make the air go where it should.&lt;br class='autobr' /&gt;
In the guttering light of her discarded torch, Alodie watched as Linn limped around the other side of the corridor.&lt;br class='autobr' /&gt;
The creature turned, cast two of its tendrils out like whips, and Linn fell, screaming.&lt;br class='autobr' /&gt;
The tendrils pulled her close. It settled down to feed.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie's head lay in a gummy red pool. Everything was numb. She tried to turn &lt;br class='autobr' /&gt;
away, but she couldn't.&lt;br class='autobr' /&gt;
Darkness took too long to claim her.&lt;br class='autobr' /&gt;
The horror of her family's arrangement hit her . Alodie knew &lt;br class='autobr' /&gt;
their business made victims. But she couldn't imagine any human justification for selling people &lt;br class='autobr' /&gt;
to this thing. Money ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Protection against its hunger ? &lt;br class='autobr' /&gt;
A bloodline obligation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
At last, the prey took its time to feed. Distracted.&lt;br class='autobr' /&gt;
The abomination had watched the two survivors of the carriage move noisily through the forest. At the cavern's mouth, the taller of them cast torchlight all around, signaling.&lt;br class='autobr' /&gt;
The abomination had also watched its prey. An old vampire, wrapped in the vestiges of its human wealth. Clever, sharing its hunt with people in Kingsport&#8212;staying out of sight, trading for chattel, and spreading its plague faster for it.&lt;br class='autobr' /&gt;
The vampire was led by its impulses. It did not know restraint. Did not accept being denied. It would seek the survivors.&lt;br class='autobr' /&gt;
It was agile. The abomination had not wanted to fight it on open ground.&lt;br class='autobr' /&gt;
But the two survivors had entered a cave. Allowed themselves to be cornered. &lt;br class='autobr' /&gt;
Offered an opportunity.&lt;br class='autobr' /&gt;
The smell of blood wafted out of the cave mouth.&lt;br class='autobr' /&gt;
It brought Zebediah back to himself.&lt;br class='autobr' /&gt;
He was tall, with a beaked nose and long, cloud-white hair he left loose. He had a broad, square face, plain and pale but for the most obvious sign of the curse&#8212;sunken red eyes, surrounded by spiderwebbing black veins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah wore polished armor, ornamental enough for an old Kehjan court, with brilliant crimson plates horizontal along the abdomen. An ampoule on a chain was fitted tight to the gorget of his armor, the vial filled with green-blue water from the river where he had nearly breathed his last, cornered by beasts he'd thought to draw off alone. To spare others&#8212;that had been the highest good he knew, back &lt;br class='autobr' /&gt;
when he was more like a child.&lt;br class='autobr' /&gt;
His weighty gear was unusual for a hunt in the Solterwood. For anyone hoping to move quickly and quietly through the forest. Yet he had been called to the service of the Annulet as one of their blood knights for decades. He found it hard to change his ways ; they had become indistinguishable from his pledge. All that remains of my life, weighed against the darkness.&lt;br class='autobr' /&gt;
Every time his journey became impossible, he found his way back to the pledge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Few could say it and mean it ; in agony, in dilemma, he had lived it. Zebediah had slain comrades grown accursed and cut the rot from the innocent before it could fester. The life after his life was only ever monstrous ; to face it and remain himself demanded a soul like ice. Unbending.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah whispered dead syllables to the night air. Shadows rolled around him like fog, silencing the sounds his boots would make on stone.&lt;br class='autobr' /&gt;
The screams from within the cavern had quieted, but Zebediah could still hear the raspy croaking of the vampire as it fed. He walked quickly through the cavern, needing no light to find his way.&lt;br class='autobr' /&gt;
The tunnel tightened, the rasping louder and louder to his ears. Near a bend in the passage, he at last saw the vampire hunched low, its tendrils cradling one of its victims, attached to her body like a dozen lampreys.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah had not expected any of the carriage victims to survive, even these last two. But if their deaths could give him a slight advantage against the vampire, he had been right to wait and watch. Nothing was more important than ending its threat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah could cloak his approach, but not his scent. The vampire turned to look at him and sprang to its feet, hissing around a mouthful of jagged tongues.&lt;br class='autobr' /&gt;
A purple-black lance of solid shadow materialized in Zebediah's hand, and he hurled it with all his might. Before the vampire could spring away, the lance slammed solidly home, piercing its throat. Its tendrils shot up, struggling to tear away the shadow that ate at its cold flesh.&lt;br class='autobr' /&gt;
Somewhere within Zebediah, the curse exulted at the sight of the prey wounded. &lt;br class='autobr' /&gt;
He forced it down.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah advanced on the vampire ponderously, knees bent, longspear held in gloved hands. He did not want to smell the rotten blood pouring from its wounds ; he had to kill it quickly, before it could heal. He stabbed out, punched two quick holes in its chest, and tensed his whole body for a double-handed swipe&#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Four serrated tendrils wrapped around Zebediah's throat and arms, shredding flesh. The pain was more shattering than anything he had experienced&#8212;the hundred tiny teeth of the vampire opened sucking wounds that burned, spreading like fire. As the vampire's tendrils constricted, Zebediah's spear fell from his hands. &lt;br class='autobr' /&gt;
He could feel himself being torn apart.&lt;br class='autobr' /&gt;
The tendrils met in the middle of his body. Zebediah melted in a pool of blood.&lt;br class='autobr' /&gt;
The vampire paused, hissing, flailing its arms about. It padded forward, tendrils prodding fingerlike at the air. Then it turned back toward the bodies of its victims, insatiable.&lt;br class='autobr' /&gt;
A crimson puddle bubbled up behind it, an amorphous body-like mass. The longspear rose with it, clutched in Zebediah's hand, reforming one finger at a time. His human form returned as blood slid off the mass, and he sprang at the vampire's back.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah tried not to look as he stabbed the creature over and over. But he couldn't &lt;br class='autobr' /&gt;
help himself. Three holes. Four. Five. There was something enrapturing about their symmetry, about the perfect bursts of black-red ichor that washed over him. He struck with relish, mortifying his enemy, taking strikes he hardly cared to acknowledge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Until a tendril scraped at the keepsake around Zebediah's neck and tore the chain free from the gorget. This vampire had been hunted by a blood knight before. &lt;br class='autobr' /&gt;
It knew.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah dropped to the ground, catching his precious keepsake seconds before it could crash upon the stone. The vampire's limbs enveloped him, but the curse was what truly held him. Zebediah's skin stretched and changed ; he gave in, growing into a flayed mass of muscle and blood to rival the vampire in strength and hunger both.&lt;br class='autobr' /&gt;
The abomination rent the prey in half, tearing off tendrils and a putrefying arm. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tore at it with the claret claws of blood its hands had become.&lt;br class='autobr' /&gt;
The prey was slick with gore. Wriggled this way and that. Trying to escape. &lt;br class='autobr' /&gt;
Escape was impossible.&lt;br class='autobr' /&gt;
The abomination swung in a fury, over and over, with no thought of surcease.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah shook his head like a dog. His hands throbbed in agony. Of all the great distractions that kept him from losing himself, pain had brought him the most clarity. He was pulping the cave wall, had hit it so much he'd cratered the stone a foot deep.&lt;br class='autobr' /&gt;
Half the vampire's sloughed-off flesh lay below him. The other half was gone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bloody tracks led out of the cave. It had fled.&lt;br class='autobr' /&gt;
He hissed, turned to slam the wall again. The vampire was faster than him ; it knew about him. He could still try to catch it. If he started now, maybe&#8212;One of the bodies of the women on the ground twitched. Then, a few seconds later, the other. Again.&lt;br class='autobr' /&gt;
In unison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Who had they been before ? Siblings, perhaps ? Paramours, the casual and affectless way they spoke ?&lt;br class='autobr' /&gt;
He had come here to slay the vampire. To stop its curse from spreading.&lt;br class='autobr' /&gt;
And yet it had spread anyway, because of his choices. His lack of restraint. Hiscurse, from long before he took up the spear.&lt;br class='autobr' /&gt;
What was the highest good ? The best amends ?&lt;br class='autobr' /&gt;
The smaller brown-haired woman was a thrill-seeker, with a sense of joy that would have served her well. She had believed she was worth something, even if the world was not.&lt;br class='autobr' /&gt;
The fair-haired woman. She had seemed . . . proud. Haughty, even. And yet he &lt;br class='autobr' /&gt;
had seen her struggle with her instincts. Knowing her cruelty, using and turning from it in equal measure.&lt;br class='autobr' /&gt;
A start. He placed the spear and the keepsake on the ground and knelt before them.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie shivered. Shivered with her whole body. It yearned to move, to tear free from &lt;br class='autobr' /&gt;
her thoughts and her mind, each limb crawling away of its own accord. Her sight was buried, a pinprick of seeing in the blackness.&lt;br class='autobr' /&gt;
Visions drifted around her. A white-haired man, his beautiful armor caked with gore.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;You are going to die,&#8221; he said, in a voice neither cruel nor kind. His accent was unfamiliar, his cadence plain and quick. &#8220;It has tainted you. The change will be worse than you can imagine.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
He held a small vial filled with green-blue water above her and unstoppered it. &lt;br class='autobr' /&gt;
In all the haze, in all the dark, his movements looked fluid and slow at once. &#8220;I can &lt;br class='autobr' /&gt;
The fair-haired woman. She had seemed . . . proud. Haughty, even. &lt;br class='autobr' /&gt;
And yet he had seen her struggle with her instincts. Knowing her &lt;br class='autobr' /&gt;
cruelty, using and turning from it in equal measure.give you peace.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
She wanted to nod. Wanting wasn't enough to make it happen.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Or I can give you time. Years. Decades. Perhaps longer.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie's body felt like it was drifting somewhere far away. She could barely hear the words. But they held her attention.&lt;br class='autobr' /&gt;
He continued, his pitch rising. &#8220;It will not be easy. You will train, and you will hunt. &lt;br class='autobr' /&gt;
And you will die a monster, more wretched than the one that took your life. Your end will be no better for the evil you have slain, for all the good you have done.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
The good you have done. She tried to look around for Linn. Failed at it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Urgent words transfixed her. &#8220;If you would wake to this life, then vow. Vow it on your blood.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie was unable to speak. Unable to move. She let her eyes answer him.&lt;br class='autobr' /&gt;
The ritual was hurried. Chanting and ablutions from the vial, the darkness of the cave sinking its fingers into Alodie's eyes like a thing alive. She lapsed in and out of consciousness, spoke, listened, remembered only pieces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Standing turned out to be a labor, but she stood. Breathed. Ran her tongue over her teeth. Normal. Felt her pulse. Blood beating still. Looked at the white-haired man sitting cross-legged a few feet from her.&lt;br class='autobr' /&gt;
Between them was a small puddle of dew. Alodie realized she could see in the dark. Naturally, as she'd done so many times, she checked her reflection.&lt;br class='autobr' /&gt;
The wound on her throat was an ugly stitch. Her eyes glinted like light through rubies. They were surrounded by tiny veins the color of grave dirt.&lt;br class='autobr' /&gt;
She felt the pang of irreversible change, and let it go. The first need was to live. &lt;br class='autobr' /&gt;
The second&#8212;Linn sat up as though she had been dragged. Her arms hung limply at her sides. Her face was sallow. Spines poked through the skin of her neck and arms. A guttural, animal noise rose in her throat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Somehow, Alodie felt weaker than she ever had.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;What you did to me,&#8221; Alodie told Zebediah, stammering over the words, &#8220;do it for her. You have to.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah shook his head. &#8220;She has progressed too far. She will be a thrall of the vampire soon. I am sorry. I only had time for one of you.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
All Alodie had left was the good she could do. He had said that. He had made it a promise.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;We . . . If we kill the vampire, will she . . .&#8221; Her voice sounded raspier than she &lt;br class='autobr' /&gt;
remembered, as if her throat hadn't healed right.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah cut in. &#8220;Once the change takes hold in earnest, there is no stopping it.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie felt sick. Tears came unbidden to her eyes, the same useless leaking they'd always been.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Why me ? Why didn't you pick her ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Zebediah looked away. &#8220;Ours is a hard road, and you must know who you are to walk it. Forget yourself&#8212;even for a moment&#8212;and there is no way back.&#8221; There was a far-off look in his eyes as he turned back to her. &#8220;I sense that resolution in you. &lt;br class='autobr' /&gt;
You, at least, have a chance.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
She walked to Linn, who was writhing like the puppet bodies at the carriage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trying to get closer to Alodie with arms and legs that wouldn't listen. Making sounds that weren't quite words.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie looked in her eyes, watched her pupils as they turned red and spread out, eclipsing the whites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linn couldn't say anything back to her. And nothing was worth saying just to herself.&lt;br class='autobr' /&gt;
The sumptuous blue-and-gold ascot around Linn's neck was stained to unrecognizability. Alodie slowly unwound it, pulled it over her head, and tied it around her neck, covering the scar. Her own keepsake.&lt;br class='autobr' /&gt;
She looked back at Zebediah. Not asking. Accepting. He handed her his spear.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alodie pointed the spear at Linn's heart. Waited for some kind of a reaction. For trust to show in Linn's eyes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mercifully, she didn't see it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trust.&lt;br class='autobr' /&gt;
She closed her eyes and let the &lt;br class='autobr' /&gt;
instincts push&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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