Liberté - une fanfiction de Morglaz : Chapitre 6

lundi 18 décembre 2017
par  Dark Funifuteur
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Morglaz nous partage le sixième chapitre de la fanfiction mettant en scène ses personnages :
le Chapitre 1 est disponible ici
le Chapitre 2 : ici
le Chapitre 3 : ici
le Chapitre 4 : ici
le Chapitre 5 : ici

Périphérie de Vaarun Dam , Dromund Kaas.

Azaria court toujours. Guerrière, imperturbable, inarrêtable, elle fend l’air, droit devant elle. La jeune Sang-Pur glisse, tombe parfois dans la boue de cette planète humide et marécageuse. Cette petite, comme beaucoup d’individus de sa race, est une force de la nature : D’apparence humanoïde elle aussi, sa peau hérissée de reliefs est rouge sombre et ses cheveux, un peu plus foncés. Taillée, comme beaucoup, pour la survie, et d’une grande force physique, elle arbore des traits durs mais d’un charme fou. Les Sang-Pur sont généralement respectés, et leur étrange fasciés interpelle et suscite l’admiration. Beaucoup de Sang-Pur, les "rouges" comme les appellent la plupart des aliens non Impériaux, ont plus que de jolis traits accentuant leur visage ; ils sont décorés d’appendices osseux, le plus souvent dans la prolongation de l’arcade sourcilière ou du menton. Mais Ria, qui en plus semble fort jeune, n’a pas développé de tels ornements.

Une fois de plus, la texture humide du sol la fait déraper et elle tombe lourdement à genoux. Elle reste ainsi, les mains dans l’eau froide, lavée par la pluie qui ne cesse de tomber, haletante et tremblante. Ria balade son regard jaune vif et juvénile autour d’elle : Elle semble se trouver dans une vallée, bordée de falaises, peut-être le lit d’une ancienne rivière qui, aussi étonnant cela paraisse-t-il, aura séché. Ce canyon fait bien trois-cents mètres de large. Cette hypothèse étant peu probable, Azaria s’en remet à une conclusion plus simple selon laquelle, malgré le relief de la planète, cet endroit précis sera tout bonnement un vaste couloir dégagé. Sans arbre, sans gouffre ni levée de pierres. Geignant de fatigue, elle se relève péniblement.

Soudain, elle se souvient, ouvrant de grands yeux effarés : Elle fuyait sa cage. Se retournant vivement, elle observe à nouveau les alentours, cette fois à la recherche d’une présence. Sa respiration ralentit, elle adopte une attitude de chasseuse. La très jeune Sang-Pur se baisse à demi, fait des mouvements lents et prend soin d’analyser chaque parcelle qu’il lui est donné de voir, malgré les conditions chaotiques offertes par la météo de ce lieu sombre et battu par la pluie. Prête à bondir, ne sachant pas encore si elle foncera sur un potentiel adversaire ou si elle fuira à toutes jambes dans ce décor découvert, elle analyse longuement les lieux, recherchant principalement une fillette ou un humain armé. Mais elle sait qu’Ailein pourrait tout aussi bien rôder, armée de son générateur de champ furtif. Cependant, pas un bruit, pas un mouvement ne vient déranger la paradoxale quiétude de cet endroit. Pourtant, ici, sur la planète où siège l’Empire Sith, calme et volupté semblent être des mots interdits. Azaria serre les poings et se met désormais à hurler, ou plutôt rugir, comme si elle voulait intimider quelqu’un ou quelque chose. Un groupe d’oiseaux s’envole d’un arbre accroché à la falaise, mais rien de plus ne se passe. Plissant le front pour mieux y voir sous l’eau qui dégouline le long de son visage et de son front, la "rouge" reste là, debout sous la pluie, un long moment encore. Elle attend. Puis, lorsque de longues minutes se sont écoulées dans cet espace figé, elle reprend sa course vers, semble-t-il, la liberté.

-

C’est après avoir passé des heures à remonter ce couloir naturel qu’Azaria parvient enfin au bout. Là, à l’horizon et alors qu’elle ralentit sa course, se dresse un gigantesque mur paré d’échafaudages. Plus elle approche et plus les détails se révèlent : Il s’agit d’un barrage, ce qui explique la topographie des lieux. Quant aux échafaudages, ils fourmillent de personnes sobrement vêtues, qui acheminent laborieusement des matériaux du haut jusqu’en bas. Aucun monte charge automatique ne permet un travail plus rapide. Ces centaines de travailleurs sont des esclaves, portant, sous leur capuche, un collier électrique du même acabit que celui que porte Ria. En faisant ce constat, elle touche du bout des doigts le dispositif apposé à sa nuque, réfléchissant à toute vitesse. Prudemment, longeant l’un des murs de pierre qui bordent cette vallée, la "rouge" s’approche. Son vêtement à elle n’a pas de capuche. Comment alors remonter la construction jusqu’en haut sans être repérée ?

Elle attire l’attention de l’un des ouvriers qui réceptionne, en bas, les matériaux. Sans un mot et faisant d’ailleurs bien comprendre à son interlocuteur qu’il doit lui même être discret, elle montre son collier électrique pour lui signifier qu’elle est dans son camp. Elle mime l’action de mettre une capuche, et interroge du menton l’ouvrier qui lui désigne une tente adossée à la falaise, juste à côté d’elle. Cette dernière contient quelques vêtements et des éléments de charpente. La tente, bien sûr, elle aurait dû y penser toute seule. En s’emparant d’une tunique grise surmontée d’une capuche, qu’elle enfile par dessus ses vêtements en prenant soin de cacher son visage, Ria secoue la tête de dépit, en colère contre elle-même. Si seulement elle avait été moins bête...

Elle quitte la tente et se dirige au pied du mur artificiel, s’approchant de l’homme qui l’a aidée. Dans un murmure, elle lui demande :

- Tu parles basic ?

Il lui répond d’un hochement affirmatif de la tête.

- Vous remontez là-haut pour manger ?

Là encore, il opine silencieusement du chef.

Sans en demander plus, elle imite l’esclave, marchant très lentement d’un captif à l’autre pour donner l’illusion qu’elle s’affaire utilement alors qu’elle brasse littéralement de l’air. La prochaine étape de sa course est simple : Pour progresser dans sa quête elle doit sortir de ce canyon, et l’issue est toute trouvée. De plus, un repas ne serait pas de trop pour la jeune créature.

Tout le reste de la journée se résume à tourner en rond pour Ria. Elle repère les gardes, à peine plus couverts que ceux qu’ils surveillent, mais armés de matraques électriques. Lorsque vient l’heure du rassemblement, cette armée d’âmes fantomatiques monte une dernière fois, le plus péniblement du monde, le long escalier jusqu’aux campements. Ceux-ci sont installés tout au bord du gouffre, presque sur le barrage lui-même, pour limiter le temps de cheminement du dortoir au lieu de travail et augmenter la productivité des ouvriers. Tous sont humains. Prisonniers, gens sans le sou ayant été réduits à l’esclavage faute d’avoir de quoi payer leur tribut ou esclaves par hérédité, sous le joug de l’Empire tout était envisageable. Là-haut, toujours sous la pluie, un quelconque citoyen improvisé cuisinier apporte un quignon de pain à chaque esclave, aidé par un garde en cas de tentative de vol. Ria attend sagement qu’ils l’atteignent. Mais le garde, l’observant de plus près, s’enquit :

- Hey, t’es qui toi ?

Il lui tire vivement sa capuche, dévoilant son visage rouge et le collier électrique sur sa nuque.

- T’es pas à nous, on n’a pas de Sang-Pur ici ! Ne t’imagines pas que tu vas nous voler une ration, on a pile le compte.

La jeune évadée n’a même pas besoin de temps pour réfléchir. Elle empoigne un des misérables travailleurs à sa portée, le pousse violemment vers le gouffre et le jette par dessus le garde fou. L’homme finira son saut en bas du barrage, mort. Les quelques esclaves ayant assisté à la scène, trop épuisés, trop fantomatiques pour réagir, laissent faire cette furie rouge sans sourciller.

- Maintenant, dit-elle en tendant la main, vous n’avez plus d’ouvrier en trop.

Le cuisinier et le garde échangent un regard médusé avant que l’un d’eux, haussant les épaules et lui tendant son repas, ne dise :

- Qui s’en soucie ?

C’était vrai : Un ouvrier mort, une "rouge" jeune et encore en bonne santé et pleine de vie qui se porte volontaire pour le remplacer avec, même, un collier électrique... L’important n’était pas le personnel mais l’effectif. Les esclaves ne sont pas des citoyens, ils sont à peine considérés comme de animaux de trait. Remplacez un Nerf laitier par un autre, vous aurez le même résultat. Tout ce qu’il suffisait de faire était de se référer à un professionnel pour aligner la fréquence du collier électrique de la nouvelle avec les autres afin de l’avoir sous contrôle. Accessoirement, la questionner sur ses raisons. Et informer le contremaître, voire le commanditaire des travaux, de ce changement d’effectif, partie plus délicate. Mais il valait mieux pour un garde avoir déjà un remplaçant sous la main que devenir ce remplaçant.

Azaria dévore son maigre repas, animale, sous la pluie. Le morceau de pain se ramollit, la pitance est immonde et dégoûtante, mais quand la faim vous tenaille, vous ne faites pas la fine bouche. Après ce dîner de fortune, les ouvriers regagnent les tentes grises parquées dans des enclos dont les hautes barrières de métal grises empêchent les prédateurs de soustraire des esclaves à l’effectif tout en empêchant les esclaves de s’y soustraire eux-mêmes en s’échappant. Devant l’entrée de l’enclos, des baraques en dur sont réservées aux gardes, et un cabinet médical de fortune assure une santé minimale aux employés. Dans les tentes en toile, des rangées de lits superposés, étonnamment confortables, accueillent les ouvriers qui, pour la plupart, vont se coucher sans demander leur reste après une journée de travail harassant. D’autres allument des feux à l’entrée des tentes car la pluie, bien qu’incessante, n’est pas torrentielle. Il s’agit plutôt d’une petite pluie fine, sous laquelle, bien alimenté et maîtrisé, un feu peut tenir. Parmi eux, le tout premier contact de Ria. Après avoir participé à l’allumage d’un foyer, il lève la tête vers la Sang-Pur et se dirige vers elle d’un pas décidé. Sur ses gardes, prête à se battre s’il l’attaque, Azaria l’observe s’approcher d’un œil méfiant.

- Je suis Perrick, lâche simplement l’homme, lui tendant la main.

Ria l’observe, circonspecte. Voyant qu’elle ne répond pas, il poursuit alors :

- On peut savoir pourquoi tu t’es jetée dans notre camp ? Esclave, c’était ton plan de carrière ?

- J’ai aucun compte à vous rendre. Mais j’ai des questions.

- Bien sûr, on va gentiment te répondre mais nous tu nous diras rien ?

- C’est ça où je vous offre un vol gratuit au dessus du mur...

- Tu crois qu’on va tous se laisser balancer l’un après l’autre ? Mais t’es quel genre de tarée ? On est certes esclaves, affamés et pas en super état, mais on est quand même suffisamment nombreux pour te passer l’envie de nous apprendre à planer. Alors maintenant on t’a aidée à t’infiltrer, même si c’était l’idée la plus stupide qui soit si tu veux un jour retrouver la liberté, donc explique nous d’où tu viens, dis nous qui tu es et ce que tu fais parmi nous.

- Je suis Ria. J’ai eu une fenêtre pour m’échapper de là où j’étais et j’ai foncé. Je peux tout à fait recommencer et me barrer d’ici quand j’en aurai envie.

Perrick lui rit au nez, puis la regarde plus sérieusement, avec un air un peu triste, compatissant.

- Pauvre petite rouge. Tu es si... Candide. Comme si on pouvait s’en aller. Si c’était possible, tu te doutes bien qu’on l’aurait tous déjà fait...

- Je ne suis pas vous tous, répond la Sang Pur, toujours aussi hardie et arrogante.

Sur ces mots, elle quitte la chaleur du petit feu et disparaît dans la tente où elle a, plus tôt, trouvé une place parmi la douzaine de couchages. Allongée sur sa couchette, elle fixe la toile de tente face à elle, son magnifique regard brillant empli de détermination, et attend le sommeil, réfléchissant à toute allure à la suite des opérations, avide de liberté. Ce repos, elle ne le trouvera que tard, une fois que les bruits seront calmés et qu’elle n’entendra plus fureter un seul de ses "compagnons".

À suivre...

© Morglaz McLeod


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